La volaille change de routes : le Brésil perd l'accès à l'UE, l'Ukraine et la Chine avancent
Sur les 13 millions de tonnes de viande de volailles échangées dans le monde, 2,2 millions de tonnes partent au Moyen-Orient, ce qui rend le détroit d'Ormuz et Bab el-Mandeb déterminants. La sortie du Brésil de la liste des pays autorisés à exporter vers l'UE le 3 septembre a renvoyé ses volumes vers l'Asie, tandis que l'Ukraine et la Chine occupent le terrain. La production mondiale progressera de 3 à 4 % en 2026.
Le commerce mondial de viande de volailles est remodelé par les points de passage maritimes et les décisions sanitaires, non par une demande faible, qui continue de progresser. Sur les 13 millions de tonnes de viande de volailles échangées dans le monde, 2,2 millions de tonnes, soit 17 %, sont absorbées par les pays du Moyen-Orient, selon les chiffres présentés par Mohamed Bouzidi, de l'Itavi, au Space et rapportés par Paysan Breton.
La concentration de cette demande sur une seule région rend les détroits déterminants. « 300 containers de poulets brésiliens transitaient chaque jour par le détroit d'Ormuz », indiquait Mohamed Bouzidi. Les exportations du principal acteur mondial se sont affaiblies au printemps dernier, avant de se redresser grâce au contournement des circuits historiques. Depuis quelques semaines, les Houthis resserrent leur emprise sur Bab el-Mandeb, en mer Rouge, la route de repli, ce qui perturbe de nouveau les flux.
Le Brésil perd sa fenêtre européenne
Le Brésil s'était déjà réorienté vers un marché européen rémunérateur. Sur les huit mois de 2026, le pays a exporté 13 % de volume de plus que les années précédentes, sur douze mois, vers l'Union européenne, grâce aux accords du Mercosur, rapporte Paysan Breton. Cette dynamique a été brisée le 3 septembre, avec la sortie du Brésil de la liste des pays autorisés à exporter vers l'UE en raison de garanties insuffisantes sur l'utilisation d'antimicrobiens aux volailles. L'Asie redevient actuellement la première destination des exportateurs brésiliens. L'audit européen réalisé ces derniers jours a jugé satisfaisants les contrôles sanitaires brésiliens pour la filière avicole : la reprise des flux semble probable à moyen terme.
- 13 millions de tonnes de viande de volailles échangées dans le monde, dont 2,2 millions de tonnes vers le Moyen-Orient
- 300 containers de poulets brésiliens par jour dans le détroit d'Ormuz
- Volumes brésiliens vers l'UE en hausse de 13 % sur huit mois de 2026
- 3 septembre : le Brésil sort de la liste des pays autorisés à exporter vers l'UE
L'Ukraine, la Chine et la Thaïlande occupent le terrain
Le vide en Europe est comblé par l'Ukraine, grâce à son autosuffisance de 140 % en volailles et à sa compétitivité : comme le Brésil, elle a accès à des matières premières abondantes, bénéficie d'un système intégré et de peu de normes de production.
La Chine passe du statut d'importateur net à celui d'exportateur. Elle vise la place de troisième exportateur mondial dès la fin de cette année, derrière le Brésil et les États-Unis et devant l'UE et la Thaïlande. « La production chinoise augmente, +9 % au premier trimestre 2026, et la peste porcine africaine est résorbée, avec une disponibilité de viandes accrue, précise le spécialiste. En conséquence, les importations de volailles reculent et la capacité d'exportation double. » Positionnée sur des viandes élaborées, bien valorisées, la Thaïlande se recentre également sur l'Europe. Les deux tiers de la production thaïlandaise sont exportés, contre 33 % pour le Brésil, et ses flux passent par Bab el-Mandeb, « ce qui constitue un point de vulnérabilité ».
Les coûts montent, la volaille tient
Malgré les conflits, la flambée des coûts du fret et des assurances, l'inflation et les menaces sanitaires comme la grippe aviaire et la maladie de Newcastle, la volaille confirme son statut de protéine d'ajustement à l'échelle mondiale, grâce à son coût de production relativement faible. La croissance de la production sera de 3 à 4 % en 2026 et la consommation est dynamique, notamment en Europe, souvent au détriment du bœuf.
Cette tendance mondiale ne se traduit pas au niveau français, où la production stagne, l'écart étant comblé par des importations en hausse. Selon l'ingénieur de l'Itavi, une baisse de tension en mer Noire et en mer Rouge et une réinscription du Brésil sur la liste des pays autorisés à exporter vers l'UE provoqueraient une pression accrue sur l'amont français l'an prochain. À l'inverse, une crise durable, avec Ormuz fermé et le Brésil suspendu, pourrait être une opportunité pour la production française afin de reconquérir son marché intérieur.
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