La production de Tokaj progresse de 8 à 10 % quand les exportations mondiales de vin reculent de 4,7 %
La production du vignoble hongrois de Tokaj a progressé de 8 à 10 % en 2024-2025, alors que les exportations mondiales de vin ont reculé de 4,7 % en volume, selon CNBC citant les données de l'OIV. Près de 80 % du vin hongrois part vers l'Union européenne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Pologne dominant en volume. Les recettes d'exportation du vin hongrois ont atteint environ 133,8 millions d'euros en 2024.
Le vignoble de Tokaj, dans le nord-est de la Hongrie, a augmenté à la fois sa production et ses exportations en 2024-2025, en pleine contraction du commerce mondial du vin, selon un article publié par jurnalul.ro citant Mediafax et CNBC.
CNBC, s'appuyant sur les données de l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), indique que les exportations mondiales de vin ont reculé de 4,7 % en volume en 2024-2025. Sur la même période, la production de Tokaj a progressé de 8 à 10 %, tandis que la production mondiale restait sous sa moyenne historique. La presse spécialisée qualifie cet écart de « boom silencieux » du vin hongrois.
Un petit vignoble, une appellation ancienne
Tokaj se situe à environ 140 kilomètres de la frontière roumaine, au poste de Petea, et à moins de trois heures de train de Budapest. La zone a été officiellement classée région viticole par un décret royal de 1737, ce qui en fait — aux côtés du Chianti — l'un des vignobles délimités officiellement les plus anciens du monde, alors que l'on y produit du vin depuis près d'un millénaire. La région est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, la protection portant non seulement sur le vin lui-même mais sur tout le paysage culturel: le réseau ancien de caves creusées dans la roche volcanique, les villages historiques et des traditions agricoles profondément ancrées.
Le produit emblématique de la région, le Tokaji Aszú, est élaboré à partir de raisin blanc de cépage furmint touché par la pourriture noble (Botrytis cinerea). Selon Dale Takio, de l'organisation Visit Tokaj, les conditions météorologiques et géologiques locales favorisent le processus naturel de concentration des sucres dans le fruit. Au-delà de leur douceur, les Tokaji Aszú affichent une acidité élevée et un pH bas, ce qui réduit le risque de refermentation en bouteille: une propriété technique qui permettait déjà, au XVIIIe siècle, d'acheminer le vin vers les cours royales d'Europe. Le roi de France Louis XIV l'a appelé « le vin des rois et le roi des vins » après avoir reçu à Versailles une livraison offerte en cadeau diplomatique par un prince hongrois, au XVIIIe siècle.
Structure des exportations: les volumes en Europe centrale, la valeur à l'Ouest
L'Europe reste le principal débouché. D'après les données d'exportation citées dans l'article, environ 80 % du vin hongrois part vers des pays de l'Union européenne. La Tchéquie, la Slovaquie et la Pologne sont les premières destinations en volume, tandis que la France, l'Espagne et les États-Unis paient la valeur la plus élevée par litre.
L'Amérique du Nord figure parmi les marchés les plus convoités par les producteurs hongrois, qui y affrontent des vignobles réputés, dotés de circuits de distribution établis et de budgets marketing bien supérieurs. Les vins secs comme les vins doux de Tokaj gagnent néanmoins du terrain sur les cartes des restaurants de luxe aux États-Unis, où l'intérêt s'accroît. Les producteurs reconnaissent eux-mêmes qu'en dehors du Tokaji Aszú leur gamme reste peu connue hors de Hongrie, ce qui borne la croissance actuelle.
Les prix indiquent le segment occupé par la région. Au domaine Disznókő, l'un des plus connus de Tokaj, une bouteille de Tokaji Aszú se vend entre 30 et 40 euros environ.
La pression climatique sur le calendrier des vendanges
Comme d'autres vignobles dans le monde, Tokaj subit les effets du changement climatique. La sécheresse sévère et les températures élevées enregistrées cet été en Hongrie ont conduit le domaine Hétszőlő à débuter plus tôt que d'ordinaire les vendanges destinées au vin sec — signe d'une pression croissante sur le calendrier traditionnel de récolte.
Une taille encore modeste face aux voisins européens
La croissance part d'une base basse. Selon des estimations du secteur, les recettes d'exportation du vin hongrois ont atteint environ 133,8 millions d'euros en 2024. La France en tire quelque 12 milliards d'euros par an, si bien que l'ensemble du total hongrois représente une fraction du chiffre d'affaires d'un seul grand pays producteur, même si le rythme de progression est jugé notable pour un pays de cette taille.
Les repères chiffrés pour la filière:
- production de Tokaj en hausse de 8 à 10 %, contre un recul de 4,7 % des volumes exportés dans le monde;
- environ 80 % du vin hongrois écoulé au sein de l'Union européenne;
- la Tchéquie, la Slovaquie et la Pologne en tête pour les volumes;
- la France, l'Espagne et les États-Unis paient la valeur la plus élevée par litre;
- recettes d'exportation d'environ 133,8 millions d'euros en 2024, contre 12 milliards d'euros pour la France;
- Tokaji Aszú vendu 30 à 40 euros la bouteille au domaine Disznókő.