Le recul des exportations françaises de blé pourrait renforcer la Roumanie
Les producteurs français avertissent que le pays pourrait perdre sa capacité à exporter du blé sur le marché mondial d’ici 2036. La Roumanie pourrait capter une partie de cette demande, alors que l’offre limitée dans l’UE et en mer Noire soutient déjà les prix à Constanța.
L’excédent français de blé sous pression
La France pourrait perdre d’ici 2036 sa capacité à exporter du blé sur les marchés mondiaux si le recul des récoltes se poursuit, rapporte le média agricole roumain Agrointel, citant une alerte de l’association française de producteurs AGPB. La France reste le premier producteur de blé de l’Union européenne, mais sa récolte de blé tendre est estimée à 31,9 millions de tonnes en 2026, soit 4 % de moins qu’en 2025 et nettement moins que le record d’environ 41 millions de tonnes établi en 2015.
Selon l’AGPB, la production française pourrait encore diminuer de 6 millions de tonnes d’ici 2036 si la tendance actuelle persiste. Ce volume correspond à l’excédent que le pays devrait pouvoir exporter hors de l’UE cette saison. Les agriculteurs mettent en cause la sécheresse, les températures élevées, la faiblesse des revenus et la hausse du coût des engrais. Ils prévoient que 2026 sera la quatrième année consécutive de revenus négatifs pour les céréaliers.
Une contraction de cette ampleur réduirait les disponibilités françaises pour les acheteurs extérieurs à l’UE et pourrait réorienter la demande vers d’autres origines européennes. Grâce à son accès aux routes maritimes de la mer Noire par Constanța, la Roumanie figure parmi les fournisseurs capables de concourir pour ces volumes. Ses perspectives dépendront toutefois des récoltes, de la qualité, de la logistique et du rétablissement des exportations ukrainiennes.
Les prix restent fermes à Constanța
Le marché physique roumain s’est raffermi en début de semaine. Le blé meunier livré à Constanța a gagné 3 euros depuis vendredi pour atteindre 233 euros la tonne, tandis que le blé fourrager a progressé de 2 euros à 212 euros. L’orge fourragère a augmenté de 3 euros à 222 euros la tonne. Le maïs est resté à 232 euros et les graines de tournesol à 528 euros la tonne.
Le blé Euronext a évolué dans le sens inverse. L’annonce d’un échange entre les présidents américain et russe a ravivé l’hypothèse d’une solution diplomatique en Ukraine et d’une reprise des flux céréaliers régionaux. Le contrat de décembre a clôturé à 247,25 euros la tonne. L’annulation par l’Arabie saoudite d’un appel d’offres portant sur 535 000 tonnes de blé, après des offres supérieures à 370 dollars la tonne C&F, a également pesé sur les cours.
Cette divergence illustre la position actuelle de la Roumanie. Les perturbations en mer Noire et la dégradation des prévisions de maïs et d’oléagineux dans plusieurs États de l’UE soutiennent les prix locaux. Les marchés à terme internationaux restent cependant sensibles à toute perspective de retour des offres ukrainiennes et russes. Une avancée diplomatique ou de meilleures récoltes pourraient donc réduire la prime observée à Constanța.
Le colza mène la hausse en Roumanie
Le colza a enregistré la plus forte progression du marché physique roumain, gagnant 4 euros à 535 euros la tonne. Le contrat Euronext de novembre a atteint 558 euros la tonne, en hausse de 2,50 euros sur la séance précédente. Les importations de colza de l’UE dépassent d’environ 10 % leur niveau de la même période de la campagne passée, signe d’un besoin accru d’approvisionnements extérieurs.
L’USDA estime la récolte roumaine de colza à environ 3,5 millions de tonnes. Selon Agrointel, les expéditions via Constanța ont atteint 51 476 tonnes durant les premiers mois de la campagne. La Turquie est revenue vers le colza roumain après les perturbations qui ont limité les livraisons ukrainiennes, auparavant l’une de ses principales sources. Une partie de ces flux pourrait subsister après le retour de l’Ukraine si les fournisseurs roumains consolident leurs relations avec les nouveaux clients.
Les perspectives à plus long terme restent fragiles. Le manque d’humidité des sols complique la préparation des terres et les semis de colza d’hiver pour la récolte 2027 dans plusieurs régions roumaines. Cette situation pourrait limiter l’extension des surfaces malgré la rentabilité et les prix actuels.
L’abondance du maïs américain limite les prix
Le maïs fait contrepoids aux facteurs haussiers régionaux. StoneX a abaissé son estimation du rendement moyen du maïs américain en 2026 à 11,47 tonnes par hectare, tout en relevant sa prévision de production à 411,6 millions de tonnes. La société a utilisé les données de surfaces que l’USDA avait révisées à la hausse le 12 août.
Une récolte américaine abondante et des disponibilités exportables accrues en Amérique du Sud pourraient contenir les cours mondiaux du maïs à moyen terme. Pour les agriculteurs et négociants roumains, les perturbations en mer Noire et les faibles récoltes européennes soutiennent à court terme les prix DAP Constanța, mais l’offre extérieure limitera leur progression. Cet équilibre déterminera aussi si la Roumanie transforme le recul potentiel de la France en parts de marché durables.