Les exportateurs de l’ASEAN accentuent la pression sur le Vietnam en Chine
Le Cambodge, la Malaisie et la Thaïlande améliorent l’accès et la logistique de leurs fruits vers la Chine, réduisant les avantages traditionnels du Vietnam. La baisse des prix du durian illustre l’effet de l’offre accrue et de délais de transport plus courts.
De nouvelles voies d’accès élargissent l’offre
La concurrence entre fournisseurs de fruits d’Asie du Sud-Est s’intensifie en Chine, les pays obtenant de nouvelles autorisations phytosanitaires et investissant dans des transports plus rapides. Vietbao, citant des informations publiées en juillet 2026 par le Département de l’import-export du ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce, a rapporté que le Cambodge avait obtenu l’autorisation d’exporter officiellement des jacques fraîches vers la Chine. Cette ouverture a suivi la conclusion d’accords bilatéraux sur la quarantaine et la sécurité alimentaire.
La jacque rejoint ainsi la liste croissante des produits agricoles cambodgiens admis sur le marché chinois. En juin 2026, le Cambodge et la Chine ont également signé un protocole SPS concernant le longane séché. Parallèlement, le Cambodge a ouvert une liaison empruntant le corridor ferroviaire Laos–Chine, ramenant le transport des produits agricoles d’environ 20 jours à près d’une semaine.
La Malaisie et la Thaïlande misent sur la logistique
La Malaisie vise 229 millions de dollars d’exportations de durians frais d’ici 2030. Elle cherche à obtenir l’autorisation de la Thaïlande pour acheminer ses fruits par route et par rail vers la Chine, ce qui pourrait réduire ses coûts logistiques. Cette démarche intervient après un excédent intérieur qui a fait chuter les prix malaisiens du durian de plus de 90 %. Vietbao relève toutefois que les observateurs jugent un accord thaïlandais peu probable, les deux pays étant concurrents sur le même marché.
Même avec un droit de transit, les exportateurs malaisiens devraient respecter les exigences chinoises en matière de quarantaine, de traçabilité et de lutte contre la fraude commerciale. La Thaïlande consolide pour sa part sa position grâce à la chaîne du froid. En haute saison, les durians thaïlandais peuvent atteindre Kunming en 26 heures par la chaîne frigorifique Lancang-Mekong Express, puis être distribués dans plus de 30 villes chinoises en 48 heures, selon le Département de l’import-export.
Les prix du durian révèlent la pression sur le Vietnam
Les exportations vietnamiennes de durians ont rapidement progressé après l’ouverture officielle du marché chinois en 2022, soutenues par la proximité géographique, le calendrier des récoltes et les volumes disponibles. Ces avantages s’érodent désormais, car les origines concurrentes réduisent leurs délais et renforcent leur conformité. Les durians Monthong vietnamiens et thaïlandais se vendent actuellement au détail en Chine entre 20 et 30 yuans les 0,5 kilogramme, contre 35 à 45 yuans à la même période l’an dernier.
La correction est plus marquée dans le commerce de gros. Entre avril et juin, le prix du Monthong vietnamien de catégorie A sur les marchés de gros chinois est passé de 36,5 à 13 yuans les 0,5 kilogramme. Le produit thaïlandais équivalent a reculé de 26,5 à 18 yuans. Le Département de l’import-export attribue cette baisse générale surtout à l’amélioration de la logistique et à la diminution des droits d’importation, qui ont accru l’offre en Chine. Les entreprises citées par l’administration estiment que le durian haut de gamme pourra conserver un segment tarifaire distinct, tandis que les produits courants subiront une concurrence accrue sur les prix.
La chaîne de valeur vietnamienne mise à l’épreuve
L’évolution du marché augmente le risque d’une stratégie reposant uniquement sur la proximité et les volumes de fruits frais. Hoàng Văn Việt, de l’Université d’économie de Hô Chi Minh-Ville, a déclaré à Vietbao que la certification permet d’ouvrir un marché, mais que sa conservation exige une qualité stable, des données transparentes et une responsabilité réelle. Selon lui, les entreprises doivent partir des besoins du marché et des capacités des bassins de production, plutôt que de simplement écouler ce qu’elles produisent déjà.
Việt considère également comme vulnérable le modèle fondé sur une matière première, un produit, une saison et un marché. Les producteurs et transformateurs de mangues pourraient, par exemple, compléter les exportations de fruits frais par des produits surgelés, des jus, des fruits séchés et des ingrédients destinés à l’industrie. Cette diversification créerait plusieurs sources de revenus dans un même bassin et réduirait la dépendance à une récolte ou à une destination.
Le maintien de la part vietnamienne en Chine dépendra donc de la traçabilité, de la régularité de la qualité, des capacités de transformation et de la fiabilité des livraisons. Les nouvelles autorisations cambodgiennes, la chaîne du froid rapide de la Thaïlande et la recherche malaisienne d’un transit moins coûteux montrent que l’accès au marché devient une compétition opérationnelle. Les producteurs et exportateurs incapables de différencier les fruits haut de gamme ou de transformer les catégories inférieures resteront les plus exposés à la pression tarifaire.