L’Ukraine négocie un corridor ferroviaire via la Moldavie vers Constanța
L’Ukraine négocie une liaison ferroviaire via la Moldavie jusqu’au port roumain de Constanța et demande une baisse de 50% du tarif de fret. Le corridor pourrait acheminer environ 4,5 millions de tonnes par an, mais Chișinău exige des volumes garantis en échange.
Kyiv demande une réduction tarifaire de 50%
L’Ukraine négocie un nouveau corridor ferroviaire pour exporter ses céréales via la Moldavie jusqu’au port roumain de Constanța, alors que les attaques russes accroissent les risques pour la navigation en mer Noire. Des sources ukrainiennes et moldaves ont indiqué à Reuters que Kyiv demandait une réduction de 50% par rapport au tarif ferroviaire de fret habituel en Moldavie.
Le projet n’est pas encore finalisé. Un responsable du secteur ukrainien a déclaré à Reuters que les autorités recueillaient auprès des transporteurs intéressés des estimations sur les volumes potentiels. Une source des chemins de fer moldaves a précisé que Chișinău n’avait pas rejeté la demande, mais souhaitait obtenir des volumes garantis en échange du tarif réduit. La période d’exploitation et les quantités restent en discussion.
Oleg Tofilat, ancien directeur des chemins de fer moldaves, estime que le corridor pourrait transporter environ 4,5 millions de tonnes de céréales par an. Selon les calculs ukrainiens, une liaison pleinement opérationnelle pourrait prendre en charge près de 10% des exportations céréalières du pays. La Moldavie avait déjà acheminé des céréales ukrainiennes par train en 2022-2023.
Les attaques portuaires réduisent les prévisions
Les négociations interviennent après une forte dégradation de la sécurité autour des ports ukrainiens d’Odesa. Mediafax, citant Reuters, a fait état de 35 attaques contre des navires dans les ports, de 22 attaques contre des bâtiments en mer et de 67 frappes sur des infrastructures portuaires en juillet. Aucun navire n’est entré dans les ports de la région d’Odesa pendant près de deux semaines.
L’Ukraine expédie plus de 90% de ses exportations céréalières par les ports maritimes. Le ministre de l’Agriculture Taras Vîsoțki a déclaré à Reuters que la prévision d’exportation pour la campagne 2026-2027 avait été ramenée de 43 millions à 38-40 millions de tonnes en raison des attaques portuaires. APK-Inform a également abaissé son estimation de 8,6%, à 39,4 millions de tonnes, en invoquant les perturbations des expéditions.
Les itinéraires par le Danube, le rail et la route redeviennent donc essentiels, mais leur capacité et leur coût restent contraignants. Selon Mediafax, même en fonctionnement normal, ils ne peuvent absorber qu’environ 50-55% des quelque six millions de tonnes traitées chaque mois par les ports ukrainiens de la mer Noire. Les autorités ukrainiennes estiment que les routes alternatives ajoutent environ 45-50 dollars au coût de transport de chaque tonne.
Constanța face à une nouvelle épreuve logistique
Le ministre moldave des Infrastructures et du Développement régional, Vladimir Bolea, s’est rendu dans la région d’Odesa et a discuté de meilleures liaisons ferroviaires et d’une hausse des capacités de transit avec son homologue ukrainien, Mîkola Kalașnîk. Le Premier ministre moldave Vasile Tofan a déclaré que son pays ne devait pas laisser passer la possibilité de gagner des millions d’euros grâce au transit des céréales ukrainiennes. Il a aussi rejeté l’idée que ces cargaisons affaibliraient les prix locaux.
La Roumanie a constitué un débouché majeur pour l’agriculture ukrainienne après l’invasion russe. Mediafax rapporte qu’environ 29 millions de tonnes de produits agricoles ukrainiens ont transité par la Roumanie entre mars 2022 et septembre 2023, via Constanța, le Danube, le rail et la route. Ces flux ont également suscité des tensions : les agriculteurs roumains ont dénoncé une pression sur les prix intérieurs, tandis que les manifestations d’agriculteurs et de transporteurs ont perturbé en 2024 l’accès à la frontière ukrainienne et les routes vers Constanța.
La Roumanie maintient en 2026 un régime spécial d’autorisation afin d’empêcher que des céréales déclarées en transit soient vendues sur le marché intérieur sans les documents requis. La concurrence pour les capacités logistiques pourrait être particulièrement vive : une analyse d’Argus citée par Mediafax évalue la récolte potentielle de blé roumaine en 2026 à près de 13,9 millions de tonnes. Si elle se confirme, ce serait un record national. Le corridor renforcerait la sécurité des exportations ukrainiennes, mais sa viabilité dépendra des tarifs, des engagements fermes sur les volumes et des capacités disponibles à Constanța.