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Les exportations du Rwanda vers le Burundi doublent en un trimestre malgré la frontière fermée

Les exportations de biens d'origine rwandaise vers le Burundi ont atteint 13,39 millions de dollars au deuxième trimestre 2026, plus du double du trimestre précédent, selon les données de l'Institut national de la statistique du Rwanda rapportées par ktpress.rw. La frontière terrestre entre les deux pays est fermée depuis janvier 2024. Les flux sont dominés par l'alimentaire, le ciment, l'acier et les carburants réexportés.

Les exportations du Rwanda vers le Burundi doublent en un trimestre malgré la frontière fermée

Des exportations doublées en un trimestre

Les exportations de biens d'origine rwandaise vers le Burundi ont atteint 13,39 millions de dollars, soit environ 20 milliards de francs rwandais, au deuxième trimestre 2026, correspondant à avril, mai et juin. Le chiffre provient du rapport sur le commerce extérieur formel de biens établi chaque mois et chaque trimestre par l'Institut national de la statistique du Rwanda (NISR) ; il a été rapporté par ktpress.rw.

C'est plus du double des 6,55 millions de dollars du premier trimestre 2026 et près de quatre fois les 3,72 millions de dollars du deuxième trimestre 2023. La hausse s'est produite alors que la frontière terrestre entre les deux pays est fermée, ce que ktpress.rw présente comme un exemple de demande commerciale qui survit à une rupture politique.

Le Burundi a fermé ses frontières terrestres avec le Rwanda le 11 janvier 2024, après avoir accusé Kigali de soutenir RED-Tabara, le groupe armé qui a revendiqué une attaque menée au Burundi en décembre 2023. Le Rwanda a rejeté l'accusation et critiqué une fermeture qualifiée de décision unilatérale nuisant à l'intégration régionale. Le président Evariste Ndayishimiye a décrit le Rwanda comme un pays hostile, tandis que Kigali rejette les accusations de Bujumbura et maintient ses propres réserves sur le rôle du Burundi dans la situation sécuritaire dans l'est de la République démocratique du Congo.

Marginal pour le Rwanda, deuxième au sein de l'EAC

Au deuxième trimestre, le Rwanda a exporté pour 548,98 millions de dollars de biens de production nationale : le Burundi a donc représenté environ 2,4 % du total. La Chine était la première destination avec 142,38 millions de dollars, devant les Émirats arabes unis à 107,96 millions et la République démocratique du Congo à 89,51 millions.

Au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est, le classement change. Le Rwanda a livré 116,47 millions de dollars au bloc sur le trimestre, dont environ 77 % vers la République démocratique du Congo, les 13,39 millions du Burundi représentant quelque 11,5 %. Le Burundi reste donc un marché modeste dans le portefeuille global d'exportation rwandais, mais la deuxième destination à l'intérieur du bloc.

Alimentaire, ciment et carburants réexportés

La composition des flux renvoie surtout à la consommation courante et à la construction, non à des chaînes industrielles. Le Rwanda livre à la fois sa production locale et des marchandises importées auparavant d'autres marchés.

  • Produits agricoles et alimentaires : maïs, farine de maïs, farine de blé, farine de manioc, pommes de terre, lait et produits laitiers, œufs et légumes.
  • Produits manufacturés et industriels : ciment, acier, plastiques, savons et détergents, boissons, verrerie, équipements électriques et autres matériaux de construction.
  • Réexportations : combustibles minéraux, lubrifiants et produits manufacturés que le Rwanda importe de marchés comme la Chine et les Émirats arabes unis avant de les livrer au Burundi.

Le Rwanda remplit ainsi deux fonctions simultanées pour le Burundi : producteur de denrées et de matériaux de construction, et porte d'entrée vers des biens venus du marché mondial. Les principaux fournisseurs du Rwanda sont la Chine, la Tanzanie, l'Inde, le Kenya et l'Ouganda, et le Burundi n'y figure pas, ce qui rend la relation nettement unidirectionnelle.

Pression sur les devises et les carburants au Burundi

La hausse des achats coïncide avec de fortes contraintes de financement au Burundi. Le Fonds monétaire international a indiqué en juin 2026 que les réserves internationales du pays s'élevaient à environ 214 millions de dollars, soit l'équivalent de seulement 1,6 mois d'importations.

L'approvisionnement en carburant est également sous tension. FEWS NET a fait état d'une forte baisse des importations de carburant depuis mars, les livraisons d'essence et de gazole restant très en deçà des besoins nationaux estimés. Ces pénuries ont renchéri le transport et alimenté la hausse des prix des denrées et d'autres produits de première nécessité, ce qui rend les fournisseurs proches commercialement décisifs pour l'alimentaire, les produits énergétiques et les matériaux de construction.

Cette asymétrie explique pourquoi les mêmes 13,39 millions de dollars n'ont pas le même poids des deux côtés. Pour le Rwanda, c'est une petite fraction d'un total trimestriel proche de 550 millions de dollars. Pour le Burundi, c'est l'accès à des denrées et à des produits manufacturés au moment où les devises manquent et où financer les importations devient plus difficile.

Un précédent existe. Après la fermeture de la frontière par le Burundi en 2015, en pleine crise politique, les exportations rwandaises vers ce pays ont fortement chuté et ne se sont redressées qu'après la réouverture du poste en octobre 2022. ktpress.rw souligne que les derniers chiffres n'établissent ni une normalisation des relations, ni la voie précise par laquelle chaque envoi atteint le marché burundais ; ils montrent que la dégradation politique n'a pas supprimé la demande commerciale.

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