Les exportations agricoles ukrainiennes chutent de près de 40% avec la crise portuaire
L’Ukraine a exporté un peu plus de 41 millions de tonnes de céréales et d’oléagineux en 2025/26, soit près de 40% de moins qu’en 2023/24. Les attaques ont aussi privé ses principaux ports de la mer Noire d’environ un tiers de leur capacité d’exportation de grains.
Les volumes exportés tombent à un peu plus de 41 millions de tonnes
L’Ukraine a clos la campagne 2025/26 avec un peu plus de 41 millions de tonnes de céréales et d’oléagineux exportées, près de 40% de moins qu’en 2023/24, selon Delo.ua. Le recul en valeur a été bien plus limité : les données douanières situent les recettes à 10 milliards de dollars, en baisse de 10,7% par rapport aux 11,2 milliards de dollars de la campagne précédente. La hausse des cours mondiaux des céréales a partiellement compensé la perte de volumes.
Les exportations de blé ont diminué de 15,6 millions à 14 millions de tonnes et celles d’orge, de 2,3 millions à 1,5 million. Le maïs est resté le premier flux, pratiquement stable à 21,2 millions de tonnes. Les oléagineux ont également reculé : le colza est passé de 3,1 millions à 1,9 million de tonnes et le soja, de 3,4 millions à 2,7 millions.
Delo.ua attribue principalement cette contraction à une récolte réduite par des conditions météorologiques défavorables. L’Ukraine a produit 57,6 millions de tonnes de céréales et 17,3 millions de tonnes d’oléagineux. Les droits à l’exportation et les restrictions administratives ont aussi pesé sur les oléagineux, tandis que les attaques contre les ports et le rail ont aggravé les difficultés logistiques.
Le goulet d’étranglement de la mer Noire menace la prochaine récolte
Selon Reuters, l’Ukraine a perdu environ un tiers de sa capacité d’exportation de grains par ses principaux ports de la mer Noire après l’intensification des frappes russes de missiles et de drones. Plus de 90% des exportations agricoles ukrainiennes, dont les céréales et les huiles végétales, transitent par trois ports de la région d’Odesa. Le pays peut normalement charger environ 4 millions de tonnes de grains par mois, selon le service commercial de l’Association agraire ukrainienne.
Les ports continuent de fonctionner, mais quatre des 13 grands terminaux céréaliers ont suspendu leurs achats. Kernel-Trade, premier exportateur ukrainien de grains, a interrompu ses opérations au port de Tchornomorsk après une série d’attaques. Les données des chemins de fer ukrainiens montrent que le nombre de wagons céréaliers à destination des ports d’Odesa a baissé de 11% du 2 au 8 juillet par rapport à la semaine précédente, tandis que les exportations ont reculé de 17%.
Des sources du secteur ont signalé à Reuters des difficultés touchant les achats, les ventes, le chargement, l’accumulation des cargaisons, les prix et le fret. Selon ASAP Agri, la réticence des armateurs à entrer dans les ports ukrainiens fait monter les tarifs de fret. Les organisations agricoles préviennent que les infrastructures pourraient subir des dommages importants en quelques mois si les frappes continuent sans réparations suffisantes.
Le commerce du blé se déplace de l’Europe vers l’Afrique et l’Asie
Les livraisons ukrainiennes de blé à l’Union européenne ont chuté de 4,7 millions à 1,08 million de tonnes, et celles d’orge de 411 000 à 66 000 tonnes. Plusieurs pays européens maintiennent des restrictions quantitatives visant certains produits agricoles ukrainiens.
L’Afrique a absorbé davantage de blé disponible. Les expéditions vers le continent ont augmenté de 2 millions pour atteindre 7,3 millions de tonnes, tandis que les livraisons au Yémen ont presque doublé à 1 million de tonnes. Les exportations de blé vers l’Indonésie ont progressé de moitié, à 2 millions de tonnes. Les acheteurs africains et asiatiques sont ainsi davantage exposés au coût du fret et aux interruptions dans les ports d’Odesa.
L’offre mondiale reste abondante, mais l’exécution ukrainienne est incertaine
L’Ukraine représentait ces dernières campagnes environ 6% des exportations mondiales de blé et 11% de celles de maïs. Une perturbation portuaire prolongée pourrait donc encore affecter les prix internationaux et les disponibilités. La FAO prévoit pour 2026 une récolte céréalière mondiale de 2 983 millions de tonnes, dont 806,5 millions de tonnes de blé, soit seulement 1,9% de moins que le record de 2025.
L’Association céréalière ukrainienne prévoit en 2026 une récolte de céréales et d’oléagineux de 83,6 millions de tonnes et un potentiel d’exportation de 50,8 millions de tonnes en 2026/27. Celui-ci comprendrait 17 millions de tonnes de blé, 2,2 millions de tonnes d’orge et 27 millions de tonnes de maïs. La réalisation de ces volumes dépendra fortement de la sécurité des ports, des réparations et de la volonté des armateurs d’accepter le risque en mer Noire.