Les prix du cacao resteraient élevés jusqu'en 2027 sur fond de déficit et d'El Nino
Les cours mondiaux du cacao devraient rester élevés jusqu'en 2027 en raison d'un déficit d'offre prolongé et des perturbations météorologiques liées à El Nino, selon le média économique indonésien Bisnis.com. Les producteurs locaux ne profitent toujours pas de cette hausse, la transmission du prix mondial jusqu'au bord du champ restant faible.
Les cours mondiaux du cacao devraient rester élevés jusqu'en 2027, un déficit d'offre prolongé et les perturbations météorologiques liées à El Nino étant cités comme principaux moteurs, selon le média économique indonésien Bisnis.com. Le même article souligne que les planteurs locaux n'ont encore rien vu de cette hausse mondiale.
La combinaison pèse sur toute la filière. Un déficit appelé à durer plusieurs campagnes consécutives n'a rien à voir avec un déficit d'une seule année : il invalide l'hypothèse d'une reconstitution rapide des stocks et reporte l'ajustement sur la demande, c'est-à-dire sur les broyeurs, les chocolatiers et, au bout de la chaîne, les rayons.
Un déficit qui se compte en années, pas en campagnes
Une prévision de prix qui court jusqu'en 2027 signifie que le marché n'attend pas un rétablissement de l'offre sur le cycle habituel d'une récolte. Le cacao est une culture pérenne : les nouvelles plantations mettent plusieurs années à entrer en production et les décisions de replantation prises aujourd'hui ne pèseront sur les volumes qu'en fin de décennie. Ce décalage structurel explique que les chocs climatiques se résorbent bien plus lentement sur le cacao que sur des cultures annuelles comme le maïs ou le soja.
El Nino aggrave la situation. Le phénomène déplace les régimes de pluie dans la ceinture tropicale où pousse le cacao, et les épisodes secs pendant la floraison et le grossissement des cabosses réduisent à la fois le rendement et la taille des fèves. Bisnis.com cite El Nino au même titre que le déficit d'offre pour expliquer un horizon de prix élevés aussi éloigné.
Une transmission faible jusqu'au planteur
Pour les pays producteurs, l'écart entre le cours mondial et ce que touche réellement le planteur est la partie la plus lourde de conséquences. La cotation de marché n'est qu'un élément parmi d'autres du prix bord champ payé à un petit producteur. Plusieurs maillons absorbent la différence :
- Le prix bord champ suit souvent des contrats ou des références fixés avant la hausse, si bien que celle-ci arrive avec retard.
- Les décotes de qualité — fermentation, taux d'humidité, nombre de fèves — réduisent le prix obtenu pour les lots qui ne répondent pas aux spécifications d'exportation.
- Collecteurs et intermédiaires captent une part de la marge là où les planteurs n'ont pas d'accès direct aux exportateurs ou aux broyeurs.
- Taxes à l'exportation, politique de transformation locale et variations de change déterminent la part du cours mondial qui parvient au producteur en monnaie locale.
Conséquence pratique : le signal de prix censé attirer une offre nouvelle n'atteint pas ceux qui décident de replanter, de fertiliser ou d'abandonner des arbres vieillissants. Là où la transmission au planteur est faible, des cours mondiaux élevés ne produisent pas automatiquement de réponse de l'offre, ce qui prolonge d'autant le déficit.
Ce que surveille le marché
Pour les transformateurs et les chocolatiers, un horizon fixé à 2027 impose des décisions impossibles à reporter : couverture plus loin sur la courbe, reformulation, réduction des formats et renégociation des contrats avec la distribution. La marge de broyage se comprime lorsque le coût de la fève monte plus vite que la valeur combinée du beurre et de la poudre de cacao, et des prix durablement élevés conduisent généralement une partie des capacités installées à tourner en deçà de leur nominal.
Pour les pays d'origine, la question est de savoir si la hausse est captée sur place ou exportée avec les fèves. Le soutien au broyage local, l'organisation des planteurs et l'achat direct modifient ce partage, mais aucun de ces leviers n'agit assez vite pour peser sur le cycle en cours.
Rien dans l'article de Bisnis.com ne laisse entrevoir une correction rapide. Tant que les rendements ne se redressent pas dans les principales régions de production ou que la demande ne recule pas assez pour permettre une reconstitution des stocks, des prix élevés jusqu'en 2027 restent l'hypothèse de travail de la filière — y compris pour les planteurs qui, à ce stade, ne les touchent pas.