La base de transformation laitière polonaise passe de 336 à 121 opérateurs
La Pologne est passée de 336 transformateurs et coopératives de collecte de lait en 1995 à 121 l’an dernier. La hausse des coûts, les faibles marges et la volatilité des marchés d’exportation entretiennent la consolidation.
Trois décennies de consolidation
Le nombre d’entreprises et de coopératives polonaises qui transforment ou collectent du lait a diminué de près des deux tiers en trois décennies. Le pays comptait 336 opérateurs de ce type en 1995, selon les chiffres cités par Agnieszka Maliszewska, présidente de la Chambre polonaise du lait. Leur nombre est tombé à 265 en 2004, à 148 en 2020 et à 121 l’an dernier.
Dlahandlu.pl rapporte que plus de 200 opérateurs ont quitté le marché sur cette période. Cette baisse ne correspond pas uniquement à des faillites. De nombreuses petites usines ont été intégrées à de plus grandes organisations ou ont fusionné avec d’autres coopératives, dans un contexte de concurrence croissante et de recherche d’une meilleure efficacité productive.
La première phase de consolidation a surtout été menée par de grands groupes laitiers comme Mlekpol, Mlekovita et l’entreprise privée Polmlek. Les opérations concernaient souvent des coopératives fragiles financièrement, tandis que les acquéreurs cherchaient à croître et à diversifier leur implantation régionale. Aujourd’hui, les projets sont sélectionnés plus rigoureusement et précédés d’analyses financières détaillées. Pour les coopératives, il s’agit généralement de fusions conformes au droit coopératif plutôt que d’acquisitions classiques.
Les entreprises saines sont privilégiées
Les agriculteurs, propriétaires des coopératives, décident des rapprochements par l’intermédiaire des conseils de surveillance et des assemblées générales. Le processus est donc plus complexe que dans les entreprises privées. Maliszewska a indiqué que les unions entre structures financièrement solides étaient désormais préférées au sauvetage de coopératives lourdement endettées. Parmi les 121 opérateurs restants, elle estime qu’environ 20 à 30 coopératives présentent de bonnes perspectives, mais seule une partie mène des rapprochements avec de plus petites structures.
Les petits transformateurs ne sont pas nécessairement voués à disparaître. Certains misent sur les fromages régionaux, les produits haut de gamme et biologiques, les aliments fonctionnels ou les cosmétiques à base de lait plutôt que sur les volumes. La coopérative laitière de Kosów Lacki s’est développée rapidement au cours des dix dernières années. Celle de Rawicz a rétabli sa position grâce à des produits laitiers innovants, notamment des cosmétiques.
La situation est plus difficile pour les opérateurs dépourvus de produit distinctif. Les coûts de production et du lait cru augmentent, tandis que les éleveurs demandent de meilleurs prix pour leurs livraisons. Une coopérative qui perd en compétitivité risque de voir partir ses fournisseurs de lait et de perdre ainsi la base de son activité. Les fromages affinés et les produits régionaux, biologiques ou fonctionnels permettent aux petites laiteries d’éviter une concurrence frontale sur les prix.
Les coûts et l’exportation accentuent la pression
Certaines coopératives pourraient chercher des partenaires, abandonner la transformation ou se limiter à collecter le lait de leurs membres avant de le vendre à de grandes usines spécialisées. Ce modèle fonctionne déjà dans plusieurs pays d’Europe occidentale. Il réduit les besoins d’investissement tout en maintenant un débouché stable pour les éleveurs. Les discussions doivent commencer tôt, car les entreprises très endettées attirent moins les partenaires potentiels.
Les transformateurs polonais font aussi face à la hausse des coûts de l’énergie, du travail, du carburant, des emballages et des matières premières, à l’évolution des règles de l’UE et à la forte pression des enseignes de distribution sur les prix. Les marges du secteur sont très faibles, si bien que toute hausse des charges affecte directement la rentabilité. La responsabilité élargie des producteurs, si elle reste dans sa forme actuelle, augmentera les dépenses d’emballage, selon Maliszewska.
Plus de 30 % de la production laitière polonaise est exportée. Les prix et la demande mondiaux ont donc un effet direct sur les résultats des transformateurs. L’avenir des coopératives restantes dépendra de la maîtrise des coûts, d’un approvisionnement stable en lait et soit d’une transformation efficace, soit d’une gamme spécialisée générant de meilleures marges.