L’offre limitée de mélasse freine le projet indonésien de bioéthanol E20
Le projet indonésien d’incorporer 20 % de bioéthanol se heurte à des contraintes dépassant les seules capacités de production, selon Kontan. La filière avertit également que l’offre limitée de mélasse pourrait restreindre l’approvisionnement nécessaire à l’E20.
La matière première s’ajoute aux limites de capacité
Le projet indonésien d’introduire un carburant contenant 20 % de bioéthanol, appelé E20, soulève des questions sur la capacité de l’industrie nationale à obtenir suffisamment de matière première. Selon Kontan, le programme ne se heurte pas uniquement aux limites des capacités de production de bioéthanol, mais aussi à une offre restreinte de mélasse, un coproduit de la transformation du sucre couramment utilisé pour fabriquer de l’éthanol.
Cet avertissement déplace l’attention du nombre et de la taille des unités d’éthanol vers la base agricole et industrielle qui les approvisionne. Les capacités ne peuvent pas être pleinement utilisées si les distilleries ne disposent pas d’un flux régulier de matières fermentescibles. Pour les producteurs, l’enjeu est donc à la fois industriel et agricole : les investissements dans les unités d’éthanol doivent s’appuyer sur une transformation suffisante de canne à sucre et sur un accès fiable à la mélasse qui en résulte.
L’E20 exigera des volumes plus importants et réguliers
Une incorporation de 20 % obligerait les distributeurs de carburants à mélanger le bioéthanol à l’essence dans une proportion nettement supérieure à celle des produits à faible teneur en biocarburant. Les informations fournies ne précisent ni la date de mise en œuvre, ni le volume nécessaire, ni la production nationale actuelle d’éthanol. Les préoccupations de la filière montrent néanmoins que la disponibilité des matières premières est déjà considérée comme une condition concrète du déploiement, et non comme une question secondaire à traiter après la construction des capacités.
L’offre de mélasse dépend de l’activité sucrière et de la concurrence exercée par ses autres utilisateurs. Le compte rendu disponible ne chiffre ni ces usages concurrents ni le volume de mélasse accessible en Indonésie. Il est donc impossible d’évaluer un éventuel déficit. Le risque opérationnel demeure toutefois : l’E20 exige des livraisons prévisibles, tandis qu’une base d’approvisionnement irrégulière peut réduire l’utilisation des usines et compliquer les achats de carburant.
Les modalités de déploiement détermineront l’impact
Pour les producteurs d’éthanol et les investisseurs potentiels, la question centrale est de savoir si l’offre de matière première pourra progresser en même temps que la demande obligatoire ou visée. L’ajout de seuls équipements de distillation ne résoudrait pas une pénurie située en amont de la chaîne. Avant d’engager des capitaux ou de promettre des livraisons régulières aux opérateurs chargés du mélange, les producteurs doivent pouvoir sécuriser des contrats portant sur des quantités suffisantes de mélasse.
Le problème concerne également les sucreries, les distributeurs de carburants et les négociants. Les sucreries pourraient trouver un débouché supplémentaire pour leur mélasse, mais la concurrence entre acheteurs risque de s’intensifier si l’E20 avance sans hausse correspondante de l’offre. Les prochaines décisions de l’Indonésie devront préciser le calendrier, les besoins attendus en éthanol et la stratégie d’approvisionnement. Dans l’intervalle, l’offre limitée de mélasse reste un obstacle visible, au même titre que les capacités de production.