Fin du litige sur l'oignon entre le Nigeria et le Ghana : les failles du libre-échange ouest-africain
Les oignons nigérians, moins chers, pourraient repartir vers le Ghana après le règlement le mois dernier d'un litige entre commerçants. L'interruption s'est produite sans aucune mesure gouvernementale et met en lumière une faiblesse structurelle de la zone de libre-échange ouest-africaine.
Les oignons nigérians, moins chers, pourraient de nouveau prendre la route du Ghana après le règlement, le mois dernier, d'un litige entre commerçants, ce qui rouvre l'un des axes terrestres alimentaires les plus fréquentés d'Afrique de l'Ouest. Tant que le conflit a duré, les flux commerciaux normaux entre les deux pays ont été perturbés, et le règlement est venu des commerçants eux-mêmes, non d'un mécanisme régional formel.
Les informations disponibles ne précisent ni les volumes concernés, ni la valeur des expéditions, ni les termes exacts de l'accord. Elles dessinent en revanche la forme du problème : un différend commercial bilatéral a pu interrompre le commerce d'un légume de base au sein d'un ensemble dont la promesse centrale est la circulation sans entrave de ce type de marchandises.
Un litige entre commerçants, pas une interdiction d'État
L'interruption est décrite comme un litige entre commerçants, et non comme une interdiction d'importation, une mesure tarifaire ou une restriction sanitaire prise par l'un des deux gouvernements. La distinction compte pour quiconque évalue le risque sur les corridors alimentaires ouest-africains. Les barrières formelles sont visibles, publiées et contestables devant les institutions régionales. Les différends privés entre associations de commerçants ne le sont pas : ils ne laissent aucune trace écrite, n'apparaissent dans les données douanières qu'une fois les volumes déjà tombés et se dénouent à une échéance qu'aucun importateur ne peut anticiper.
L'oignon est un commerce à forte rotation et à faible marge. Le produit est périssable, circule surtout par la route et traverse de longues chaînes d'intermédiaires : collecteurs dans les zones de production, transporteurs, unions de marché et détaillants à destination. Chaque maillon dispose d'un levier sur la cargaison. Si l'un d'eux retire sa coopération, l'envoi s'arrête bien avant qu'un poste de douane n'entre en jeu, et la perte est supportée par celui qui détient la marchandise périssable à ce moment-là.
Libre-échange sur le papier, négocié dans les faits
La zone de libre-échange ouest-africaine continue de s'étendre sur le papier, autour de la libéralisation tarifaire et de la simplification des procédures frontalières. Le cas de l'oignon illustre l'écart entre cette architecture juridique et la réalité commerciale sur le terrain. Pour les entreprises présentes sur le corridor, plusieurs traits de cet écart sont désormais visibles :
- Le commerce peut s'arrêter sans décision gouvernementale, donc sans voie de recours formelle ni interlocuteur administratif avec qui négocier.
- Le règlement des différends revient par défaut aux associations de commerçants, dont les décisions lient leurs membres mais n'ont aucune force juridique régionale.
- Les délais de sortie de crise sont ouverts : ce litige s'est prolongé jusqu'au mois dernier.
- L'effet prix retombe sur les consommateurs du marché importateur, où l'offre la moins chère disparaît simplement des étals.
Rien de tout cela n'est propre à l'oignon. Le même schéma vaut pour la tomate, le bétail, les céréales et d'autres produits agricoles qui circulent par voie terrestre entre le Sahel et la côte ouest-africaine, où les réseaux informels et semi-formels traitent une part importante des volumes et où ce sont les associations, et non les ministères, qui fixent les règles au niveau des marchés.
Ce que cela signifie pour le commerce de l'oignon
La conséquence commerciale immédiate est le retour de l'offre nigériane, moins chère, sur les marchés ghanéens. Pendant l'interruption, les acheteurs ghanéens ont dû se tourner vers d'autres origines ou accepter des prix plus élevés pour un produit de consommation quotidienne. Ces fournisseurs de substitution affrontent de nouveau la concurrence par les prix du produit nigérian, et les commerçants qui se sont positionnés pendant la coupure verront leurs marges se resserrer à mesure que les volumes se normalisent.
La question ouverte est celle de la répétition. Rien dans l'accord rapporté ne décrit un mécanisme susceptible d'empêcher une rupture comparable lors de la prochaine campagne. Pour les importateurs, les transformateurs et les négociants actifs entre le Nigeria et le Ghana, la conclusion pratique est simple : le risque de contrepartie et le risque associatif sur cet axe doivent être intégrés aux contrats et à la gestion des stocks, plutôt que considérés comme un incident isolé.