Italie : stocks d'huile d'olive pléthoriques et prix à la production en baisse de 46,7%
Début septembre, les cuves italiennes contenaient encore près de 200 000 tonnes d'huile d'olive, dont environ 88 000 tonnes d'huile extra vierge. Le prix moyen départ producteur est tombé à 5,12 euros le kilo en juillet, en recul de 46,7% sur un an, alors qu'Italia Olivicola attend une récolte de 260 000 à 280 000 tonnes.
L'Italie aborde la nouvelle campagne oléicole avec une récolte réduite et des entrepôts qui contiennent encore d'importants volumes d'huile de la saison précédente, une combinaison qui a presque divisé par deux les prix à la production en douze mois.
Le centre d'études d'Italia Olivicola table sur une production nationale de 260 000 à 280 000 tonnes, selon la météo des prochaines semaines, l'évolution phytosanitaire et les rendements en moulin, rapporte agricolae.eu. La campagne 2025/2026 avait atteint 325 000 tonnes. L'organisation qualifie l'exercice d'année creuse dans le cycle naturel d'alternance de l'olivier.
Des stocks encore lourds à la veille de la récolte
Les données du système national d'information agricole, citées par greenme.it, montrent des stocks nettement supérieurs à ceux de l'an dernier. Fin juin, les détentions totalisaient 258 480 tonnes ; fin juillet, elles étaient retombées à 233 377 tonnes, soit encore 43,9% de plus qu'à la même date en 2025, selon le dernier rapport "Frantoio Italia" de l'ICQRF, l'inspection centrale de protection de la qualité et de répression des fraudes du ministère de l'Agriculture.
Début septembre, les silos italiens détenaient près de 200 000 tonnes, dont environ 88 000 tonnes d'huile extra vierge, selon les chiffres présentés par Felice Assenza, chef du département ICQRF au MASAF, lors du colloque "L'Isola del Tesolio". Les stocks baissent, mais lentement : une part substantielle de l'huile de la campagne précédente occupe des cuves dont la nouvelle récolte aura également besoin.
Un prix départ producteur en baisse de 46,7% sur un an
Le deuxième point de tension est le prix. Selon ISMEA, le prix moyen national départ producteur de l'huile d'olive extra vierge s'est établi à 5,12 euros le kilogramme en juillet 2026, en repli de 15,2% sur un mois et de 46,7% sur un an. greenme.it souligne qu'il s'agit d'un prix moyen au stade de la production et non d'un prix de détail, et que les cotations varient selon la zone, la qualité, l'origine et la dénomination.
Des valeurs plus basses à la production peuvent finir par atteindre les acheteurs, mais du côté des oléiculteurs et des moulins, les coûts n'ont pas suivi le même mouvement. Récolte, main-d'œuvre, énergie, transport et entretien des oliveraies restent à financer quand le prix de l'huile recule. La compression des marges frappe surtout les exploitations aux parcelles morcelées et aux oliveraies traditionnelles, où la mécanisation de la récolte est plus difficile.
Un écart croissant entre le sud et le centre-nord
La baisse de production se concentre dans le sud. Le recensement d'Italia Olivicola indique :
- les Pouilles en repli de 20 à 30% sur un an ;
- la Sicile sur une trajectoire comparable ;
- la Calabre en baisse plus marquée ;
- une reprise dans le centre-nord, portée par la côte tyrrhénienne ;
- la Ligurie, qui devrait doubler sa production.
Le rebond du centre-nord ne compensera pas le déficit du sud, précise l'organisation. Gennaro Sicolo, président d'Italia Olivicola, a indiqué que le repli était largement attendu du fait de l'alternance, et que les oléiculteurs professionnels recourent de plus en plus aux outils agronomiques, l'irrigation en premier lieu, pour l'atténuer. Sa véritable inquiétude porte sur l'abandon : le principal risque pour l'Italie, selon lui, est que les amateurs délaissent leurs oliveraies là où les prix sont déconnectés des coûts de production, nourrissant un désintérêt pour un patrimoine familial et national qu'il faudrait protéger.
Sicolo a conseillé aux producteurs de s'appuyer sur le système coopératif et les organisations de producteurs, qui garantissent la collecte des olives et de l'huile et cherchent aussi à en défendre la valeur. Italia Olivicola a élargi ses capacités de stockage et resserré sa relation commerciale stratégique avec Finoliva, société commerciale des oléiculteurs italiens et associée d'Alce Nero, afin d'assurer une rentabilité équitable à ses adhérents.
La filière demande des mesures de soutien
Le comité "Orgoglio Olivicolo" a porté le dossier au niveau institutionnel. Le 6 septembre, à Tarente, une délégation a rencontré le sous-secrétaire à l'Agriculture Patrizio La Pietra pour évoquer la situation des producteurs et des moulins, les tensions financières le long de la filière et d'éventuelles mesures de soutien. Le comité demande une table permanente avec les principales enseignes de la grande distribution, des mesures facilitant l'écoulement des stocks et un prix d'achat couvrant au moins les coûts supportés par les agriculteurs. Il estime aussi que les conditions actuelles du marché pénalisent l'huile nationale face au produit importé et dénonce l'entrée d'huile à des prix particulièrement bas.
L'huile italienne évolue sur un marché européen où les cotations ont reculé largement, l'Espagne et la Grèce constituant les principales origines concurrentes. greenme.it met en garde contre une lecture réduite à l'opposition entre huile nationale et huile étrangère : les écarts de prix tiennent aux coûts de production, aux rendements, à la taille des exploitations, à l'organisation de la filière, aux caractéristiques des oliveraies et aux conditions de marché. L'équilibre des prochains mois dépendra du volume d'huile ancienne écoulé avant l'arrivée de la nouvelle, de l'ampleur de cette récolte et du niveau auquel se stabiliseront les cotations.