Le thé du Gilan sous pression : production en baisse, impayés aux producteurs, importations maintenues
L'agence Tasnim, dans un reportage réalisé depuis Lahidjan, décrit une crise à plusieurs niveaux dans la filière thé de la province iranienne du Gilan : la production recule, les sommes dues aux producteurs restent impayées et le thé importé continue d'arriver sur le marché. La culture fait vivre des dizaines de milliers de foyers ruraux du nord de l'Iran.
La filière thé de la province iranienne du Gilan subit trois pressions simultanées : recul de la production, sommes toujours dues aux producteurs et arrivée continue de thé importé. C'est ce que rapporte l'agence Tasnim dans un reportage réalisé depuis Lahidjan.
Tasnim souligne que le thé n'est pas au Gilan une culture parmi d'autres. Selon l'agence, il constitue une part de l'économie rurale, assure les moyens d'existence de dizaines de milliers de foyers et compte parmi les marqueurs agricoles du nord du pays. Lahidjan, d'où est signé le reportage, est historiquement le centre de la culture et de la transformation dans la province : tout recul s'y concentre donc sur un petit nombre de districts.
Récolte en baisse, créances non réglées
Le point central du reportage est que la baisse de production et les impayés ne sont pas deux faits distincts. La feuille verte des jardins du Gilan se trouve depuis des années au cœur d'un différend sur le montant versé aux producteurs et sur les délais de versement. Tasnim n'avance aucun chiffre sur l'ampleur du recul ni sur le montant des créances : la dégradation est décrite de façon qualitative, sans être chiffrée.
L'enchaînement compte pour qui évalue l'offre. La feuille verte est périssable et doit parvenir à l'usine de transformation dans les heures qui suivent la cueillette : aucun stockage n'est possible, aucune attente d'un meilleur prix non plus. Le revenu du producteur dépend donc de la rapidité avec laquelle l'usine écoule le thé fini et reverse le produit de la vente. Lorsque ce cycle se grippe, le capital de la campagne suivante — taille, engrais, main-d'œuvre pour les passages de cueillette successifs — fait défaut, et les livraisons de la récolte suivante diminuent. Moins de livraisons signifie des usines moins chargées, ce qui rend la chaîne de paiement encore plus difficile à boucler.
Les importations restent sur le marché
Le troisième élément du tableau dressé par Tasnim est la poursuite des importations. Le thé produit sur place ne couvre qu'une partie de la consommation iranienne, le reste vient de l'étranger ; l'agence rattache ce flux à la même crise plutôt qu'à un dossier commercial séparé.
La logique commerciale est simple. Comme le thé importé reste disponible, le déficit de production du Gilan ne se traduit ni par des rayons vides ni par une pénurie visible pour le consommateur. L'ajustement pèse sur la filière intérieure : jardins, cueilleurs et usines absorbent la perte de volume tandis que le commerce de détail est approvisionné comme avant. L'urgence qu'aurait créée une pénurie physique disparaît, ce qui explique en partie pourquoi la situation se prolonge de campagne en campagne sans déclencher de réaction rapide.
Ce qu'il faut suivre
- Le règlement ou non des sommes dues aux producteurs avant les prochains passages de cueillette : c'est le facteur le plus déterminant pour le volume de feuille verte livré.
- Le taux d'utilisation des usines de transformation du Gilan, qui fixe leurs coûts unitaires et leur capacité à payer dans les délais.
- Le volume et l'origine du thé noir importé, qui définissent le plafond de prix auquel le thé local doit s'adapter.
- La surface des jardins de thé encore en production, car les jardins abandonnés ou reconvertis ne reviennent pas en une seule campagne.
Tasnim présente les trois problèmes comme une même chaîne et non comme une coïncidence. Dans cette lecture, toute reprise au Gilan commence par le paiement : la replantation et l'amélioration des rendements se comptent en années, alors que la décision de dizaines de milliers de foyers de retourner dans les jardins se reprend à chaque campagne.