Les limites de nicotine et de goudron inquiètent l’industrie du tabac en Indonésie
L’Indonésie prépare des plafonds de nicotine et de goudron dans les textes d’application du PP 28/2024. Fabricants et planteurs redoutent des conséquences sur la production de kretek, la demande de tabac local et l’emploi.
Les textes d’application rapprochent l’entrée en vigueur
L’industrie indonésienne du tabac alerte sur les pressions possibles pour les usines, les salariés et les planteurs alors que le gouvernement prépare des plafonds de nicotine et de goudron au titre du règlement gouvernemental n° 28 de 2024, ou PP 28/2024. Ce règlement met en œuvre la loi sur la santé de 2023. Il impose aux producteurs, importateurs et distributeurs de produits du tabac de respecter les plafonds, de faire tester chaque variante dans un laboratoire accrédité et de transmettre les résultats à l’autorité nationale chargée des aliments et des médicaments.
Un règlement du ministre coordinateur adopté en 2025 a défini le processus de fixation des limites : préparation technique, réunions plénières initiale et finale, adoption, communication et évaluation. Le gouvernement a organisé le 10 mars 2026 une consultation publique sur l’étude correspondante et accepté les contributions jusqu’au 30 mars. The Jakarta Post a indiqué que les mesures d’application étaient attendues pour le 26 juillet 2026, deux ans après l’adoption du PP 28/2024.
L’économie du kretek est la plus exposée
Selon la société d’information juridique NOMOS, le ministère de la Santé a proposé un plafond de 1 milligramme de nicotine et de 10 milligrammes de goudron sur la base d’une étude d’experts. Le projet prévoyait une mise en œuvre progressive sur cinq ans, notamment pour les cigarettes kretek. Benget Saragih, responsable du groupe de travail sur les maladies liées au tabac, a déclaré que la principale difficulté concernait le kretek, tandis que les cigarettes électroniques et les cigarettes blondes affichaient en moyenne 1 milligramme de nicotine.
Les spécifications envisagées pourraient modifier les catégories et les volumes de feuilles achetés par les fabricants. ANTARA a rapporté que l’Association indonésienne des planteurs de tabac, APTI, redoute une baisse des achats de tabac local, l’industrie absorbant actuellement la quasi-totalité des récoltes. Son secrétaire général, Pambudi, a souligné que l’essentiel des matières premières de l’industrie venait d’Indonésie. Toute modification des spécifications toucherait donc directement les planteurs.
Emploi, recettes publiques et commerce illicite
Les organisations professionnelles estiment qu’une baisse de la production légale obligerait les fabricants à réduire leurs coûts et pourrait entraîner des licenciements. Media Indonesia a cité la Confédération des syndicats de Nusantara, selon laquelle des suppressions de postes pourraient devenir inévitables si la production reculait. Le média a également repris des données du ministère de l’Industrie indiquant que les produits du tabac représentaient 4,22 % du produit intérieur brut. Les droits d’accise sur le tabac ont rapporté 216 900 milliards de roupies en 2024, soit 72 % de l’ensemble des recettes douanières et d’accise.
Selon The Jakarta Post, les employeurs s’inquiètent aussi du paquet neutre et des restrictions sur les additifs. Les entreprises affirment qu’un durcissement pourrait affaiblir les ventes légales et favoriser les cigarettes illicites. Les autorités sanitaires défendent une autre lecture : l’Organisation mondiale de la santé estime que la loi sur la santé de 2023 et le PP 28/2024 ont renforcé la lutte antitabac, tout en jugeant que les pressions industrielles ont ralenti leur application. L’effet dépendra des plafonds définitifs, de la période transitoire et des modalités de contrôle. Ces paramètres détermineront si les fabricants peuvent adapter leurs produits sans forte baisse de la demande de tabac local ni de l’emploi.