La hausse des prix mondiaux des légumineuses alourdit le coût des importations indiennes
Les cotations internationales des légumineuses se sont raffermies et le renchérissement commence à se transmettre aux marchés intérieurs des pays importateurs. L'Inde, premier acheteur mondial, subit un coût de revient plus élevé alors qu'une mousson faible fragilise sa propre récolte. Importateurs, transformateurs et exportateurs d'origine revoient leurs calculs.
Les prix internationaux des légumineuses se sont raffermis et cette hausse commence à se transmettre aux marchés intérieurs des pays importateurs. L'Inde, premier producteur, consommateur et importateur mondial de légumineuses, est la plus directement exposée : le renchérissement des cargaisons importées intervient au moment où une mousson faible fragilise la récolte nationale.
Des cotations d'origine plus fermes alourdissent le coût de revient
Le premier moteur est extérieur. Les niveaux d'offre dans les principaux pays exportateurs ont progressé et, une part significative de la consommation indienne étant couverte par les importations, cette hausse se répercute vite sur les prix de gros intérieurs. Les importateurs qui achètent au comptant encaissent immédiatement les nouveaux niveaux ; ceux qui disposent d'une couverture à terme ne sont protégés que jusqu'à l'épuisement des contrats en cours.
L'Inde s'approvisionne auprès d'un cercle de fournisseurs relativement étroit. Les pois jaunes, les lentilles et les pois chiches viennent surtout du Canada et d'Australie, tandis que le pois d'Angole et le haricot urd proviennent principalement du Myanmar et d'origines d'Afrique de l'Est comme le Mozambique, la Tanzanie et le Malawi. Cette concentration compte : un mouvement de prix dans quelques origines suffit à réévaluer le coût de tout le portefeuille d'importation, et il est difficile de substituer un fournisseur à un autre à l'intérieur d'une même campagne d'expédition.
Une mousson faible réduit le matelas intérieur
Le second moteur est domestique. En Inde, les légumineuses se cultivent en deux cycles principaux. La récolte kharif est semée à l'arrivée de la mousson du sud-ouest et récoltée à partir de l'automne ; la récolte rabi est mise en terre après le retrait de la mousson et dépend de l'humidité résiduelle du sol et de l'irrigation. Les légumineuses de kharif, comme le pois d'Angole, l'urd et le haricot mungo, sont en grande partie pluviales, donc particulièrement sensibles au calendrier et à la répartition des pluies plus qu'au cumul saisonnier.
Une mousson faible ne rogne donc pas une seule récolte. Une recharge insuffisante de l'humidité du sol pèse aussi sur les semis de pois chiches et de lentilles, et c'est le cycle rabi qui fournit l'essentiel de la production indienne. Lorsque les deux cycles sont en question, le matelas intérieur qui amortit habituellement une hausse mondiale s'amincit, et le marché doit s'appuyer davantage sur les importations précisément quand elles coûtent plus cher.
Conséquences sur la filière
L'ensemble pointe vers des prix plus fermes sur toute la chaîne, mais l'effet est inégalement réparti :
- Les importateurs voient leurs marges se comprimer. Le surcoût d'achat ne se récupère que si le négoce de gros accepte la répercussion, et la demande des ménages est sensible au prix.
- Les transformateurs et les moulins à dal paient la matière première plus cher et se disputent des arrivages intérieurs qui pourraient être plus faibles que d'ordinaire, d'où un risque de capacité sous-utilisée.
- Les exportateurs des pays d'origine améliorent leurs recettes et ont une incitation nette à étendre les surfaces au cycle suivant, mais cette réponse de l'offre arrive avec une campagne de retard.
- La politique publique redevient une variable active. Droits de douane, plafonds de stocks et réserves publiques sont les leviers habituels des autorités indiennes lorsque le risque d'inflation alimentaire monte, et chacun modifie le calcul des opérateurs détenant du stock.
À court terme, il faut suivre la répartition des pluies de mousson restantes plutôt que le cumul, le rythme des semis de rabi une fois les parcelles libérées, les volumes d'arrivages sur les mandis de référence et les offres à l'export du Canada, de l'Australie et du Myanmar. Si les prix d'origine tiennent leurs nouveaux niveaux et que la production indienne déçoit, la facture d'importation augmentera à la fois par les prix et par les volumes.