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Les framboises surgelées ukrainiennes accentuent la pression sur les producteurs polonais

La Pologne a importé 27 500 tonnes de framboises surgelées ukrainiennes en 2025, soit environ 35 % de plus qu’en 2024. L’expansion des capacités ukrainiennes et des coûts plus faibles renforcent aussi la concurrence avec les fournisseurs polonais en Europe occidentale.

Les framboises surgelées ukrainiennes accentuent la pression sur les producteurs polonais

Les importations progressent de 35 %, et non de 70 %

La Pologne a importé d’Ukraine 27 500 tonnes de framboises surgelées, pour une valeur de 412,9 millions de zlotys, en 2025, selon les données du ministère polonais de l’Agriculture et du Développement rural rapportées par WP Finanse. Le volume dépasse d’environ 35 % les 20 400 tonnes enregistrées en 2024. Le ministère a ainsi contesté l’affirmation du responsable politique Przemysław Czarnek, qui évoquait une hausse de 70 %, à 36 500 tonnes et 125 millions d’euros.

Les données sur plusieurs années montrent que l’offre ukrainienne était déjà importante avant cette dernière progression. La Pologne avait importé 24 800 tonnes en 2023 et 22 100 tonnes en 2022. Les chiffres du début de 2026 signalent néanmoins une nouvelle accélération. De janvier à mai, les importations ont atteint 6 790 tonnes et 119,5 millions de zlotys, soit 650 tonnes et 48,5 millions de zlotys de plus qu’à la même période de 2025. L’Office central des statistiques polonais a indiqué à WP Finanse que les framboises surgelées avaient enregistré la plus forte hausse parmi les fruits surgelés, à 68,2 % sur un an.

Un transformateur ukrainien investit près de la frontière

Les grandes exploitations et les investissements dans des équipements modernes renforcent la compétitivité ukrainienne. West Berry, exportateur ukrainien de baies surgelées fondé en 2016, transforme actuellement environ 7 000 tonnes par an, principalement des framboises surgelées, mais aussi des myrtilles, des mûres et des groseilles. L’entreprise achète les fruits auprès de producteurs et de cueilleurs de baies sauvages, puis les trie, les transforme, les surgèle et les conditionne pour les expédier vers neuf pays. Selon Forbes Ukraine, la Pologne représente la moitié de ses ventes à l’exportation.

West Berry a ouvert en février 2026 une nouvelle usine près de Drohobytch, dans la région de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Le site d’environ 10 000 mètres carrés comprend des lignes de tri et de transformation, six chambres de stockage de produits finis et deux tunnels de surgélation d’une capacité totale de sept tonnes par heure. Le directeur de l’entreprise, Volodymyr Samborskyi, a estimé qu’en fonctionnant environ 20 heures, le site pouvait produire près de 140 tonnes par jour. À ce rythme, le volume annuel actuel serait traité en quelque 50 jours ouvrés.

Le chiffre d’affaires de West Berry a augmenté de plus de 400 millions de hryvnias depuis 2022, soit presque deux fois la progression cumulée durant les cinq années précédentes. Les propriétaires attendent environ 750 millions de hryvnias, soit près de 62,5 millions de zlotys, en 2026. WP Finanse cite parmi les facteurs de cette expansion la suppression par l’Union européenne des droits de douane et quotas sur les produits ukrainiens, ainsi que le durcissement des restrictions commerciales visant la Russie et la Biélorussie.

La concurrence gagne les marchés d’Europe occidentale

Les représentants de la filière polonaise estiment que la pression dépasse le marché intérieur. Witold Boguta, président de l’association nationale des organisations de producteurs de fruits et légumes, a expliqué que les fournisseurs ukrainiens avaient réorienté leurs livraisons vers l’Europe occidentale lors des blocages frontaliers menés par les agriculteurs polonais entre fin 2023 et début 2024. Ils proposent désormais des produits moins chers sur des marchés auparavant approvisionnés par les entreprises polonaises de fruits surgelés. La Pologne reste toutefois un réexportateur important.

L’économiste agricole Łukasz Zaremba a relevé plusieurs handicaps polonais : des coûts de main-d’œuvre plus élevés, des exigences environnementales plus strictes et le remplacement de produits phytosanitaires éprouvés par des solutions biologiques plus coûteuses ou moins efficaces. Les plantations ukrainiennes sont également relativement jeunes, productives et composées de variétés recherchées par les acheteurs. Les fruits ukrainiens doivent néanmoins respecter les limites européennes relatives aux résidus de pesticides.

Les producteurs et entrepôts frigorifiques ressentent déjà les effets de cette concurrence. Certaines exploitations polonaises travaillant pour l’industrie réduisent leurs surfaces de framboises et de fraises, tandis que les investissements se déplacent vers des fruits de dessert de meilleure qualité, notamment sous abri. Une entreprise frigorifique de la région de Lublin a lié ses difficultés financières à l’arrivée de framboises ukrainiennes moins chères après avoir privilégié une matière première polonaise plus coûteuse. Zaremba avertit que les entreprises de surgélation et de stockage pourraient finir par manquer de fruits polonais. L’Ukraine pourrait également subir une hausse des coûts salariaux, car la mobilisation et l’émigration liées à la guerre limitent déjà la main-d’œuvre, tandis que la reconstruction future accroîtra les besoins en travailleurs.

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