Les États-Unis vont interdire certains alcools, lactosérums, mélasses et motos du Canada
Les États-Unis interdiront dès mardi à 00 h 01 HE certaines importations canadiennes d’alcool, de lactosérum, de mélasse et de motos. Les flux concernés restent relativement limités, mais les risques augmentent pour les distillateurs, les acheteurs de lactosérum et BRP, établi au Québec.
Les restrictions visent quatre groupes de produits canadiens
Les États-Unis prévoient d’interdire certaines importations canadiennes à partir de mardi à 00 h 01 HE, nouvelle étape d’un conflit commercial bilatéral déjà marqué par de lourds droits de douane. Les restrictions couvrent la plupart des boissons alcoolisées, huit types de lactosérum, certains produits à base de mélasse et les motos. Elles sont plus limitées que les précédentes mesures tarifaires et ne devraient pas perturber l’ensemble de l’économie canadienne, mais elles fermeront le marché américain à des produits précis et accroîtront l’incertitude pour les fabricants et les négociants concernés.
La liste des alcools comprend la bière, le vin, le whisky, le bourbon, le rhum, la vodka, le vermouth, la tequila, le mezcal et le brandy. Les spiritueux représentent la majorité des expéditions canadiennes de boissons alcoolisées vers les États-Unis. Le Canada a exporté environ 1,2 milliard de dollars d’alcool vers les États-Unis l’an dernier, selon une analyse de Derek Holt, vice-président et responsable de l’économie des marchés de capitaux chez Scotiabank.
Cal Bricker, directeur général de Spirits Canada, a indiqué qu’environ la moitié des 2 milliards de dollars de spiritueux produits chaque année au Canada est vendue aux États-Unis. L’interdiction frappe donc un débouché majeur pour les distillateurs, même si certains fournisseurs estiment que les droits existants avaient déjà rendu les ventes commercialement difficiles. Matt Johnston, de la brasserie artisanale ontarienne Collective Arts, a déclaré qu’un droit de 50 % rendait les ventes sur ce marché extrêmement difficiles.
Le lactosérum est visé sur un marché déjà tendu
Le volet laitier concerne le lactosérum, sous-produit de la fabrication du fromage utilisé pour augmenter la teneur en protéines des aliments et des produits nutritionnels. La demande croissante de produits riches en protéines a déjà provoqué des pénuries de protéines de lactosérum de qualité alimentaire et porté les prix à des niveaux records. Près de la moitié des 73 millions de dollars de lactosérum général et modifié importés par les États-Unis l’an dernier provenait du Canada, selon les données commerciales américaines.
L’interdiction porte sur huit catégories, dont les concentrés de protéines et le lactosérum modifié, mais ces produits ne représentent qu’une fraction du montant global. La valeur des échanges directement touchés pourrait donc être limitée, mais la mesure impose une contrainte supplémentaire aux acheteurs d’un marché des ingrédients protéiques déjà tendu. Les fournisseurs canadiens devront rediriger les volumes concernés ou attendre la réouverture de l’accès au marché américain.
Les produits de mélasse concernés comprennent la mélasse invertie et la mélasse de canne. La décision intervient après plusieurs mois de lobbying des producteurs américains de sucre, qui réclament une protection accrue contre des produits étrangers moins chers. Ils accusent également des raffineries canadiennes d’importer des mélanges de sucre brut, de mélasse et d’eau en les présentant comme de la mélasse pure afin de contourner droits et quotas.
La production québécoise de véhicules rencontre une barrière directe
Le Canada n’a exporté que 5 092 motos de tous types en 2025, ce qui limite l’effet économique national de la mesure. L’impact est davantage concentré au Québec. En août, le Canada a soumis les motos américaines, notamment les Harley-Davidson, à des droits de rétorsion de 50 %. La nouvelle restriction américaine bloque désormais l’entrée de certains véhicules canadiens.
BRP a annoncé que ses roadsters à trois roues Can-Am Spyder et Canyon, fabriqués près de son siège de Valcourt, au Québec, seront refusés à la frontière américaine dès mardi. Sa porte-parole Emilie Proulx a précisé que l’essentiel de la production et des expéditions de la saison en cours était déjà achevé, ce qui devrait limiter l’effet sur l’exercice 2027. L’entreprise s’attend à ce que la mesure commence à menacer ses résultats au printemps prochain.
Holt a qualifié de négligeable l’effet global des interdictions sur l’alcool, les produits laitiers et les motos, car le Canada expédie peu de produits laitiers et de motos vers le sud. Leur portée tient surtout au recours à une interdiction complète. Un droit de douane permet aux échanges de continuer à un coût supérieur, tandis qu’une interdiction supprime entièrement l’accès au marché et contraint producteurs, distributeurs et clients à réorganiser leurs chaînes d’approvisionnement.