Les États-Unis contestent à l’OMC le projet gabonais d’interdiction du poulet importé
Les États-Unis ont soulevé à l’OMC la question de l’interdiction des importations de poulets de chair prévue par le Gabon en 2027. Le pays a importé environ 104 000 tonnes de viande et d’abats de volaille en 2025, principalement du Brésil, de l’Union européenne et des États-Unis.
Washington soulève la question à l’OMC
Le projet du Gabon d’interdire les importations de poulets de chair en 2027 suscite des objections américaines et place la politique commerciale de Libreville à l’épreuve alors que le pays veut développer sa production avicole. Les États-Unis ont récemment abordé cette mesure avec le Gabon à l’Organisation mondiale du commerce, a rapporté Ecofin Agency en citant un communiqué publié après un Conseil des ministres le 18 septembre.
Le communiqué n’a précisé ni la forme juridique exacte de l’action américaine ni les arguments de Washington. Le Gabon a annoncé l’élaboration d’une stratégie nationale fondée sur les exceptions prévues par les accords de l’OMC et sur des négociations diplomatiques, afin d’éviter un différend et de protéger ses intérêts économiques. Le gouvernement se prépare ainsi à défendre la mesure tout en maintenant le dialogue avec les pays fournisseurs.
Un marché d’importation de 104 000 tonnes
Le Gabon a importé environ 104 000 tonnes de viande et d’abats de volaille en 2025, selon les données du commerce international citées par Ecofin Agency. Le Brésil a fourni près de 54 000 tonnes, soit environ 52% du total. Les pays de l’Union européenne ont représenté approximativement 23 000 tonnes, soit près de 22%.
Les États-Unis ont livré quelque 9 600 tonnes, pour une valeur d’environ 12 millions de dollars. Ce volume compte pour le marché alimentaire gabonais, mais il n’a représenté qu’environ 0,3% des exportations avicoles américaines en volume et près de 0,25% en valeur. Les États-Unis ont exporté environ 3,2 millions de tonnes de viande et d’abats de volaille en 2025, pour près de 4,7 milliards de dollars.
La faible exposition commerciale américaine signifie que le dossier dépasse la valeur immédiate des expéditions vers le Gabon. Les exportateurs de viande américains cherchent à renforcer leur accès aux marchés africains. Le 1er juin 2026, la Fédération américaine des exportateurs de viande a demandé au Bureau du représentant américain au commerce de recourir davantage à l’African Growth and Opportunity Act pour améliorer cet accès, en évoquant des obstacles en Afrique du Sud, au Nigeria, en Angola, en Namibie et au Kenya. Cette démarche ne visait toutefois directement ni le Gabon ni la volaille.
Les capacités locales seront le véritable test
Libreville entend agrandir le marché des producteurs nationaux, attirer des investissements avicoles et réduire la dépendance aux approvisionnements étrangers. Une interdiction complète obligerait toutefois les élevages et transformateurs locaux à remplacer une part importante des 104 000 tonnes importées en 2025. Une offre insuffisante pourrait perturber l’approvisionnement des distributeurs et des consommateurs, tout en poussant l’État à prévoir des exemptions ou une application progressive.
Les investissements s’accélèrent avant l’échéance de 2027. Le 4 mai, les autorités ont annoncé cinq accords d’une valeur supérieure à 775 milliards de francs CFA, soit environ 1,35 milliard de dollars, avec des investisseurs gabonais et étrangers afin de développer les capacités avicoles et agro-industrielles. Parmi eux figurent le groupe turc Hakan Kiran Holding et le gabonais NJS. La source n’a fourni ni objectifs de production avicole ni calendriers de mise en service.
Sans ces données, la part des besoins actuels d’importation qui pourra être remplacée avant l’entrée en vigueur de l’interdiction reste inconnue. Les producteurs doivent disposer de capacités suffisantes pour l’élevage, l’alimentation animale, les couvoirs, la transformation, le stockage frigorifique et la distribution. Les importateurs et fournisseurs étrangers ignorent quant à eux si la politique définitive prendra la forme d’une interdiction absolue, d’une restriction progressive ou d’un dispositif assorti d’exceptions négociées.
L’Afrique du Sud illustre la sensibilité politique de l’accès au marché avicole. En 2015, les États-Unis ont réexaminé son admissibilité aux avantages de l’AGOA, notamment en raison d’obstacles touchant les produits américains, dont la volaille. Les deux pays ont ensuite convenu d’un contingent tarifaire annuel de 65 000 tonnes pour certaines importations de poulet américain, et les livraisons ont repris en 2016. La solution gabonaise peut être différente, mais ce précédent montre que les restrictions avicoles peuvent peser sur l’ensemble d’une relation commerciale.
La question immédiate ne consiste donc pas seulement à savoir si le Gabon peut justifier son interdiction au regard des règles de l’OMC. Sa pérennité dépendra aussi de la capacité des investissements annoncés à fournir assez de volaille à des prix compétitifs avant le retrait des importations. Les volumes menacés sont plus importants pour le Brésil et les fournisseurs de l’UE que pour les États-Unis, ce qui rend nécessaire un dialogue avec tous les principaux partenaires avant 2027.