Les producteurs bulgares de rakia menacent de manifester : la production non taxée estimée à 45 millions de litres par an
Un expert en droit fiscal estime que la Bulgarie produit et consomme chaque année environ 45 millions de litres de rakia illégal. Le projet de texte qui sanctionnerait les particuliers détenant du rakia distillé par un tiers est jugé contradictoire par des économistes, et les propriétaires d'alambics n'excluent pas des manifestations plus importantes que celles de 2017.
Les producteurs bulgares de rakia préviennent qu'ils pourraient descendre dans la rue en raison d'un projet de texte qui sanctionnerait les particuliers détenant une eau-de-vie de fruits distillée par quelqu'un d'autre, alors qu'un spécialiste de la fiscalité estime à environ 45 millions de litres par an la production non taxée dans le pays.
Environ 45 millions de litres hors du champ fiscal
La Bulgarie produit et consomme chaque année près de 45 millions de litres de rakia illégal, selon une estimation présentée sur la Radio nationale bulgare par l'expert en droit fiscal Miroslav Karakachev et rapportée par business.dir.bg.
La loi bulgare autorise aujourd'hui un ménage à distiller une quantité déterminée de rakia pour sa consommation personnelle, tandis que la vente de rakia maison est interdite. Le litige porte désormais sur ce qui se passe lorsque cet alcool quitte le foyer : la remise de rakia à des proches, des amis ou des voisins en quantités plus importantes peut-elle entraîner des sanctions ?
Un texte jugé contradictoire
La proposition d'infliger une amende aux particuliers détenant du rakia produit par une autre personne est rédigée de façon contradictoire, selon les principaux économistes et financiers cités par nova.bg. Les textes doivent être corrigés, mais cela n'a pas rassuré les propriétaires d'alambics.
« Si je vous offre une bouteille de rakia d'abricot, je suis très malintentionné à votre égard, car la tradition en Bulgarie veut qu'on soit hospitalier et généreux. Or, avec les changements préparés, je ne vous offrirai pas du rakia mais une amende de 1 000 euros », a déclaré sur nova.bg Sachko Pavlov, de l'Association nationale « Rakia bulgare maison », lui-même propriétaire d'un alambic. Le financier Nikola Filipov relève une contradiction dans les textes proposés : « J'ai lu la loi elle-même et elle est vraiment écrite de manière très tortueuse ; on ne voit pas exactement ce que le législateur veut dire. » Il ajoute qu'il est parfaitement légitime de lire le texte comme permettant à un contrôleur de venir inspecter le réfrigérateur.
Le coût du maison face à l'industriel
Pavlov fait valoir que les ménages qui distillent pour eux-mêmes ont peu de raisons de passer à la vente, le rakia maison étant sensiblement plus cher que le produit du commerce : « Qui vendrait son rakia maison, nettement plus cher que celui des magasins ? Il suffit de calculer la quantité de raisin nécessaire pour un litre de rakia, les coûts, et le prix auquel on le vendrait. » Selon lui, le problème que les institutions doivent traiter est le commerce d'alcool d'origine incertaine, et non la distillation pour usage personnel. Dans la production industrielle, souligne-t-il, le prix final absorbe une série de coûts :
- la production
- les étiquettes, capsules et bouteilles
- le transport
- la marge commerciale
- le bénéfice
Menace de mobilisation et comparaison européenne
L'association indique que les producteurs chercheront d'abord le dialogue avec le gouvernement, mais n'exclut pas des manifestations plus importantes que celles de 2017 en l'absence de résultat. Pavlov explique que la filière s'était déjà renseignée sur la façon dont d'autres États européens encadrent la distillation agricole : selon lui, les producteurs de fruits et de raisin y ont le droit de distiller 10 hectolitres d'alcool en vertu de ce qu'il décrit comme la directive 8392 de l'Union européenne de 1992, cet alcool étant destiné à la vente — « ils paient tout, obtiennent des certificats et le vendent ».
L'ancienne ministre de l'Économie et de la Politique sociale Lidia Chouleva précise que les modifications visent le rakia produit à des fins commerciales et ne cherchent pas à pénaliser ceux qui distillent pour eux-mêmes. Le rakia maison est en général doublement distillé et élaboré avec plus de soin, dit-elle, alors que le rakia réellement produit pour la vente commerciale « est assez dangereux » ; l'attention devrait donc porter sur le contrôle de la composition plutôt que sur la quantité et les droits d'accise. Yordan Tchorbadjiyski, membre du conseil d'administration de la Chambre nationale de la vigne et du vin, juge la preuve d'origine praticable : si un contrôle a lieu et que le détenteur nomme la personne dont provient le rakia, et que l'Agence des douanes vérifie que celle-ci a acquitté les droits d'accise, il n'y a aucun problème. Nova.bg rapporte par ailleurs que la consommation de rakia maison recule et que les jeunes n'en boivent pas.