La République dominicaine transforme la bagasse en leadership mondial du furfural
La République dominicaine a dominé les exportations mondiales recensées de furfural en 2023, avec 26 685,9 tonnes valant 22,83 millions de dollars. Central Romana produit ce composé à partir de bagasse de canne et alimente des activités liées de transformation et de commercialisation en Belgique et aux Pays-Bas.
La bagasse soutient une filière chimique spécialisée
La République dominicaine a dominé les exportations mondiales recensées de furfural en 2023, avec 26 685,9 tonnes vendues pour 22,83 millions de dollars, selon Revista Mercado et Acento. Le pays caribéen occupe ainsi une place notable sur un marché chimique spécialisé, même si la Chine reste le premier producteur mondial grâce au nombre d’usines implantées sur son territoire. En 2024, la République dominicaine figurait toujours parmi les principaux exportateurs, au coude-à-coude avec l’Afrique du Sud.
Central Romana Corporation pilote l’activité dominicaine. L’entreprise produit du furfural à partir de bagasse, la matière fibreuse qui subsiste après l’extraction du jus de canne destiné à la fabrication du sucre. Le procédé transforme ainsi un coproduit de l’industrie sucrière historique du pays en matière première industrielle pour des clients internationaux.
Le furfural, également appelé 2-furaldéhyde, est un composé organique obtenu à partir de matières végétales riches en pentosanes. Les rafles de maïs, le bois, les enveloppes végétales et d’autres résidus agricoles peuvent servir de matières premières. La filière dominicaine repose principalement sur la bagasse, ce qui lie directement la production chimique à la disponibilité des résidus de la transformation de la canne.
La capacité installée dépasse la production actuelle
Central Romana a produit 25 845 tonnes métriques de furfural pendant la campagne 2024-2025, selon le rapport final de l’Institut dominicain du sucre, INAZUCAR. Sa capacité annuelle installée atteint 90 millions de livres, soit environ 40 800 tonnes. La production déclarée pour la campagne est donc restée inférieure à la capacité maximale annoncée de l’usine.
Le composé possède plusieurs usages industriels. Il sert de solvant sélectif dans le raffinage des huiles lubrifiantes et d’autres dérivés du pétrole, ainsi que de matière première pour des produits chimiques employés dans les résines, polymères, adhésifs et matériaux résistant aux hautes températures. L’un de ses principaux dérivés est l’alcool furfurylique, utilisé dans les résines de fonderie et dans des applications réfractaires et anticorrosion.
Ces débouchés rattachent la demande aux transformateurs et aux industriels plutôt qu’au marché de consommation. La chaîne de valeur ne s’arrête pas non plus au départ du furfural de République dominicaine : la conversion en dérivés s’effectue plus près des clients industriels européens.
La Belgique domine la route d’exportation
La Belgique a reçu 24 685,8 tonnes de furfural dominicain en 2023, pour une valeur de 21,07 millions de dollars. Les Pays-Bas ont absorbé les 2 000 tonnes restantes, valorisées à 1,76 million de dollars. La quasi-totalité des exportations dominicaines recensées cette année-là s’est donc dirigée vers les deux marchés européens liés à la structure élargie de Central Romana.
Central Romana a acquis en 1995 des installations en Belgique qui opèrent aujourd’hui sous le nom de TransFurans Chemicals, ou TFC. L’entreprise belge transforme principalement le furfural dominicain en alcool furfurylique et en autres dérivés. Selon Revista Mercado, TFC se présente comme le premier fabricant européen d’alcool furfurylique et de dérivés, avec une capacité combinée de 50 000 tonnes métriques. International Furan Chemicals, basée aux Pays-Bas, participe à la commercialisation internationale, notamment en Europe et en Amérique du Nord.
La Commission européenne a identifié Central Romana, TFC et International Furan Chemicals comme les composantes d’une même structure économique, rapporte Revista Mercado. Celle-ci relie la transformation de la canne à La Romana à la production chimique, aux expéditions vers l’Europe, à la conversion industrielle en Belgique et à la distribution internationale depuis les Pays-Bas. Ce modèle explique pourquoi la République dominicaine peut dominer les exportations recensées sans atteindre l’échelle globale de production chinoise : ses volumes sont concentrés dans une chaîne intégrée au service de marchés industriels spécialisés.