La Pologne mène la démarche de six pays de l'UE pour un plan de sauvetage de l'électroménager européen
La Pologne, l'Italie, la France, l'Allemagne, l'Espagne et la Slovaquie demandent à la Commission européenne un plan dédié au secteur de l'électroménager. La Pologne assure plus de 40 % de la production européenne de gros appareils, mais cinq usines y ont fermé l'an dernier. La revendication centrale est l'extension du MACF aux lave-vaisselle, fours, hottes et plaques de cuisson.
La Pologne presse la Commission européenne d'élaborer un plan de soutien dédié à l'industrie de l'électroménager de l'Union européenne. Lors de la réunion des ministres européens chargés de la compétitivité à Bruxelles, Varsovie fait valoir qu'un lave-linge, un réfrigérateur ou un lave-vaisselle relèvent de la base industrielle européenne et ne sont pas qu'un produit en rayon. Selon RMF FM, l'initiative est venue de l'Italie et est soutenue par la Pologne, la France, l'Allemagne, l'Espagne et la Slovaquie.
La Pologne assure plus de 40 % de la production de l'UE
La Pologne est le premier producteur de gros électroménager de l'Union européenne, avec plus de 40 % de la production européenne, selon RMF FM. Sur certaines catégories — lave-linge, sèche-linge et lave-vaisselle notamment — la part polonaise atteint 60 %.
Cette base industrielle se contracte. Wojciech Konecki, président d'APPLiA Polska, l'organisation qui réunit les fabricants d'électroménager, a déclaré à RMF FM que cinq usines avaient fermé en Pologne pour la seule année écoulée et que d'autres sites sont menacés. Les dégâts dépassent les lignes d'assemblage, a-t-il souligné, car un réseau de sous-traitants gravite autour de chaque grande usine. « Nous mourons en silence », a dit Konecki.
Les industriels invoquent quatre pressions : la concurrence croissante de la Chine, les coûts élevés de l'énergie, le prix des composants et le coût de la réglementation européenne. Le problème ne concerne pas que la Pologne : toute l'UE perd de la production d'électroménager.
Un million d'emplois et 80 milliards d'euros par an
Selon un document préparé par la France, l'Allemagne, l'Italie et la Pologne, que la journaliste de RMF FM a pu consulter, le secteur européen de l'électroménager représente environ un million d'emplois et apporte quelque 80 milliards d'euros par an à l'économie européenne.
Sa position sur le marché s'érode pourtant régulièrement. En dix ans, la part des appareils d'origine asiatique sur le marché européen est passée d'environ 15 % à 28 %, tandis que celle de la production européenne reculait d'environ 81 % à 71 %.
Ce que les six capitales attendent de Bruxelles
La Pologne, l'Italie, la France, l'Allemagne, l'Espagne et la Slovaquie demandent à la Commission de préparer un Plan européen pour le secteur de l'électroménager. Parmi leurs demandes :
- un meilleur fonctionnement du marché unique ;
- un contrôle plus efficace des importations et de l'application des règles européennes ;
- la suppression des charges administratives inutiles ;
- un meilleur accès aux financements européens ;
- un soutien à l'investissement, à la production et à l'innovation, le développement du recyclage et davantage de transparence sur l'origine des produits.
L'extension du MACF au cœur des demandes
La priorité de la filière est l'élargissement du MACF, le mécanisme européen d'ajustement carbone aux frontières qui prend en compte les émissions de CO₂ des produits importés hors de l'Union. Les fabricants veulent l'appliquer à d'autres appareils finis importés notamment de Chine : lave-vaisselle, fours, hottes aspirantes, cuisinières et plaques de cuisson.
APPLiA fait valoir que ces catégories ont été écartées de la réglementation actuelle alors qu'elles représentent environ la moitié de la production polonaise de gros électroménager. Varsovie entend constituer sur ce point une coalition avec l'Allemagne, l'Italie et d'autres États membres disposant d'une base industrielle importante.
Au-delà des portes de l'usine
Dans leur document commun, les gouvernements soulignent que l'électroménager s'inscrit dans une chaîne industrielle bien plus large, qui comprend l'acier, les plastiques, l'électronique, la logistique, la réparation et le recyclage. La perte d'une usine frappe donc les sous-traitants, les sociétés de services et les maillons suivants de cette chaîne, et pas seulement ses salariés.
Le groupe pose aussi la question en termes de sécurité économique. Ces appareils servent à conserver les aliments et les médicaments, et si l'Europe perd ses capacités propres, elle deviendra plus dépendante des livraisons asiatiques d'appareils finis comme de pièces détachées. Konecki a expliqué que si une guerre commerciale, une crise des transports ou une rupture des chaînes d'approvisionnement arrêtait les livraisons de pièces aux usines européennes, « le problème ne serait plus seulement le prix d'un réfrigérateur. Le problème pourrait être sa disponibilité, donc une question de sécurité, par exemple alimentaire ».