Le Nigeria veut remplacer 23 millions $ d’importations d’amidon pharmaceutique
Le Nigeria veut produire de l’amidon pharmaceutique à partir de manioc local afin de remplacer environ 23 millions $ d’importations annuelles. La recherche est achevée à 85 %, mais les transformateurs doivent encore satisfaire les exigences strictes des fabricants de médicaments.
Un débouché à plus forte valeur pour le manioc
La filière nigériane du manioc cherche à entrer sur le marché de l’amidon de qualité pharmaceutique. Cette orientation pourrait créer un débouché à plus forte valeur pour les producteurs et les transformateurs, tout en remplaçant environ 23 millions $ d’importations annuelles. L’Industrial Cassava Stakeholders Association of Nigeria, ou ICSAN, a appelé les transformateurs à viser ce segment dans un communiqué publié le 20 août.
L’amidon pharmaceutique est un amidon végétal purifié utilisé comme excipient dans les médicaments. Il peut servir de liant, de charge ou de désintégrant dans les comprimés et les gélules, dont il contribue à assurer la forme, la stabilité et les performances. Il ne constitue toutefois pas un principe pharmaceutique actif.
ICSAN considère les fabricants nigérians de médicaments comme une clientèle prometteuse pour la filière manioc. L’association estime néanmoins que la production locale ne répond pas encore suffisamment à leurs exigences. La qualification des produits et la régularité de leur qualité comptent donc davantage qu’une simple hausse des volumes.
La recherche se rapproche de la phase pilote
La démarche actuelle prolonge une initiative lancée en décembre 2024 par la Nigerian Natural Medicine Development Agency, ou NNMDA. Ce programme vise à utiliser l’importante offre nationale de manioc pour produire localement de l’amidon pharmaceutique, à développer une culture adaptée aux applications pharmaceutiques et à renforcer les capacités des entreprises sur l’ensemble de la chaîne.
Dans un entretien accordé en janvier 2026 à l’Agence de presse du Nigeria, le directeur général de la NNMDA, Martins Emeje, a indiqué que les recherches sur la production d’amidon pharmaceutique à partir de manioc local étaient achevées à 85 %. Il a précisé que l’agence avait déjà fabriqué son propre amidon et évalué sa qualité grâce à un financement du Sénat.
La prochaine étape sera une phase pilote qui devrait comprendre, dans un délai d’un à deux ans, une unité publique de production d’amidon pharmaceutique. Selon Emeje, l’agence prévoit de disposer à la fois du produit et de son installation de fabrication durant cette période. Le projet progresse ainsi vers la commercialisation, mais aucune capacité prévue ni aucun montant d’investissement n’ont été communiqués.
Les normes décideront du remplacement des importations
Pour remplacer les importations, les transformateurs nigérians devront satisfaire les spécifications des laboratoires en matière de pureté, de qualité microbiologique, de performance et de traçabilité. Ces exigences concernent la sélection des matières premières, la maîtrise des procédés, les essais et la documentation. Elles devront être respectées durablement avant que les fabricants puissent compter sur les fournisseurs locaux.
ICSAN demande une coopération plus étroite entre les transformateurs de manioc et les groupes pharmaceutiques. L’association souhaite également l’intervention de la National Agency for Food and Drug Administration and Control et du Raw Materials Research and Development Council afin d’aider les producteurs à respecter les exigences techniques et industrielles. Une demande pharmaceutique stable pourrait justifier les investissements des transformateurs dans les technologies et les systèmes qualité. Les laboratoires disposeraient, de leur côté, d’une solution locale face aux excipients importés.
L’amidon pharmaceutique s’ajoute aux efforts du Nigeria pour développer les usages industriels du manioc hors alimentation. Le bioéthanol constitue une autre priorité depuis 2023 et, en janvier 2026, le gouvernement a annoncé avoir engagé un processus pour intégrer 14 millions de petits producteurs à la chaîne de valeur du bioéthanol de manioc. L’arrivée de la demande pharmaceutique jusqu’aux exploitations dépendra de la capacité des transformateurs à bâtir des chaînes conformes et à fournir un amidon homogène à l’échelle industrielle. Le débouché d’environ 23 millions $ existe, mais son accès dépendra de l’assurance qualité plutôt que de la seule disponibilité du manioc.