Approvisionnement pétrolier de l'Inde : la part russe recule en août, les livraisons du Moyen-Orient progressent
La part de la Russie dans les importations indiennes de pétrole brut a reculé en août, tandis que les volumes en provenance du Moyen-Orient ont augmenté. Le durcissement des sanctions visant le brut russe et sa chaîne de transport, d'assurance et de paiement est avancé comme cause principale. L'Inde est le troisième importateur mondial de brut.
La composition des importations pétrolières de l'Inde a changé de direction en août. La part de la Russie dans les achats totaux de brut du pays a reculé, tandis que les livraisons des producteurs du Moyen-Orient ont augmenté. L'Inde est le troisième importateur mondial de brut : même une modification partielle de son schéma d'approvisionnement se lit dans les flux commerciaux mondiaux.
Ce qui a changé en août
Les informations relatives aux livraisons d'août font état d'une part russe plus faible dans les importations indiennes de brut qu'au cours des mois précédents, la différence étant absorbée par les qualités du Moyen-Orient. Le mouvement concerne l'ensemble du système de raffinage du pays et non un acheteur isolé : il touche aussi bien les raffineries publiques que privées, qui avaient accru leurs volumes russes ces dernières années. Les achats se décident cargaison par cargaison, si bien qu'un déplacement de part de cette ampleur résulte de dizaines d'opérations distinctes sur plusieurs semaines.
Un mois ne fait pas une tendance. Les raffineurs indiens achètent par une combinaison de contrats à long terme et de cargaisons spot, l'équilibre entre les deux suivant l'économie relative de chaque option. Ce qui retient l'attention en août, c'est le sens : après une longue période durant laquelle les barils russes ont évincé les qualités concurrentes en Inde, le flux s'est inversé.
La pression des sanctions, cause avancée
La raison principale invoquée pour ce retournement est le durcissement des sanctions visant le brut russe et la logistique construite autour de lui. Les sanctions n'ont pas besoin de bloquer physiquement un baril pour modifier sa destination : elles renchérissent et compliquent chaque étape entre le chargement et le règlement.
- Le contrôle des navires et de leur propriété réduit le nombre de pétroliers que les raffineurs acceptent.
- Les exigences d'assurance et de certification alourdissent le coût et allongent chaque voyage.
- Les circuits de paiement et bancaires se règlent plus lentement et plus cher.
- Les acheteurs de produits raffinés issus de brut sanctionné vérifient eux-mêmes l'origine des cargaisons.
Chacun de ces facteurs rogne l'avantage d'un baril décoté au prix rendu. Dès que la décote ne couvre plus la charge de conformité et le fret, le service achats d'une raffinerie bascule vers des qualités qui se traitent sans friction.
Les producteurs du Moyen-Orient regagnent du terrain
Les bénéficiaires immédiats sont les fournisseurs du Moyen-Orient. Le brut du Golfe atteint les ports indiens par des trajets courts, circule pour l'essentiel sous contrats à terme et ne porte aucun des risques de contrepartie attachés aux flux sanctionnés. Pour les producteurs qui avaient perdu des parts de marché en Inde à l'arrivée des cargaisons russes décotées, le retour de la demande indienne compte commercialement : l'Inde reste un marché en croissance pour le brut, alors que la demande de raffinage stagne ou recule chez la plupart des autres grands importateurs.
La contrepartie, pour les raffineurs indiens, se joue sur la marge. Les barils contractuels du Golfe sont indexés sur les prix de vente officiels fixés par les producteurs, ce qui laisse moins de place pour capter l'écart qu'offrait le brut décoté. Cette pression se voit dans l'économie du raffinage, pas dans les volumes importés.
Ce qu'il faudra surveiller
Restent ouvertes trois questions : le schéma d'août se prolongera-t-il les mois suivants, jusqu'où les producteurs du Moyen-Orient ajusteront-ils leurs prix pour conserver la part reconquise, et où les volumes russes évincés trouveront-ils preneur. Troisième importateur mondial, l'Inde fait de ses décisions d'achat une référence pour les vendeurs concurrents du Golfe, d'Afrique de l'Ouest et des Amériques. Les taux de fret sur les routes concernées, la disponibilité de tonnage conforme et d'éventuelles nouvelles désignations d'armateurs diront la solidité de ce basculement.