La filière espagnole critique le rôle néerlandais dans les importations sud-africaines
Ailimpo estime que le rôle des Pays-Bas comme principale porte d’entrée des agrumes sud-africains alimente la surabondance et la pression sur les producteurs européens. L’organisation réclame une réponse de l’UE après les importations record de citrons en 2026.
Les ports néerlandais dominent l’entrée des agrumes dans l’UE
L’Association interprofessionnelle espagnole du citron et du pamplemousse, Ailimpo, demande à l’Union européenne de réexaminer les modalités d’entrée et de redistribution des agrumes provenant d’Afrique du Sud et d’autres pays tiers. Elle estime que le modèle néerlandais d’importation et de réexportation déséquilibre le marché lorsque les approvisionnements de l’hémisphère sud coïncident avec la production européenne. Le coût économique de la surabondance serait alors supporté principalement par les producteurs européens, notamment espagnols.
Selon les chiffres rapportés par Valencia Fruits, l’UE a importé plus de 2,34 millions de tonnes d’oranges, de citrons, de pamplemousses, de mandarines et de citrons verts pendant la campagne 2024/25. Plus de 1,32 million de tonnes, soit environ 57 %, sont entrées par les ports néerlandais. Les infrastructures portuaires et logistiques ont fait des Pays-Bas une porte d’entrée majeure pour des fruits ensuite commercialisés dans d’autres États membres plutôt que consommés sur place.
Les flux sud-africains se concentrent aux Pays-Bas
Selon Ailimpo, l’Afrique du Sud a représenté 1,05 million de tonnes d’importations européennes d’agrumes au cours de la même campagne. Sur ce total, 692 000 tonnes, soit 66 %, sont passées par les ports néerlandais. L’organisation considère que cette concentration expose les fournisseurs sud-africains à des risques commerciaux et de réputation, tout en plaçant les importateurs, intermédiaires et logisticiens néerlandais au centre du marché européen.
Ailimpo oppose le modèle néerlandais, qu’elle décrit comme largement fondé sur la consignation et le marché au comptant, aux programmes d’approvisionnement planifiés en Espagne, en France et en Italie. Ces programmes organisés entre importateurs et supermarchés couvrent la consommation européenne en contre-saison et privilégient les fruits de l’UE dès qu’ils sont disponibles. À l’inverse, de gros volumes sur le marché au comptant peuvent coïncider avec la récolte européenne, gonfler les stocks et faire baisser les cours. Selon l’organisation, cette pression finit par réduire les revenus des producteurs européens comme ceux des pays fournisseurs, notamment l’Afrique du Sud et l’Égypte.
Des volumes record de citrons pèsent sur le début de campagne
L’association présente l’été 2026 comme la preuve qu’une réponse politique est nécessaire. Au cours de la campagne 2025/26, jusqu’au 20 août, l’UE a importé 448 000 tonnes de citrons de pays tiers. Les Pays-Bas en ont traité 231 000 tonnes, soit 52 % du total, principalement originaires d’Afrique du Sud. Ailimpo qualifie ce volume de record et affirme qu’il a largement dépassé les besoins du marché, constitué des stocks importants et compliqué le démarrage de la campagne européenne.
Ailimpo affirme également que certains citrons sud-africains sont restés plusieurs semaines dans les ports néerlandais, présentaient une qualité insuffisante et ont ensuite été proposés à des prix de liquidation dans le cadre d’un modèle de consignation. Ces appréciations sur la qualité et les prix émanent de l’organisation professionnelle. Celle-ci ne demande pas l’interdiction des importations, mais des règles européennes conciliant disponibilité toute l’année, libre circulation, gestion responsable des volumes, qualité et garanties phytosanitaires. Elle souhaite aussi que les autorités vérifient si le système actuel respecte les objectifs économiques, sociaux et environnementaux de l’UE. Pour les producteurs, importateurs et distributeurs, le calendrier est déterminant : les importations peuvent couvrir la contre-saison, mais des stocks encore présents au début de la récolte locale transfèrent directement le risque de prix aux agriculteurs.