Les fabricants canadiens réclament plus de droits sur les meubles et planchers chinois
Les fabricants canadiens jugent trop faible et trop ciblée la surtaxe provisoire de 25% imposée par Ottawa sur les armoires et meubles-lavabos importés. Ils réclament une protection élargie aux meubles et aux planchers, alors que les droits américains freinent leurs exportations.
Les fabricants jugent la mesure de 25% insuffisante
Les fabricants canadiens de produits du bois pressent Ottawa de renforcer et d’élargir sa protection commerciale. Selon eux, la surtaxe provisoire de 25% sur les armoires de cuisine et les meubles-lavabos en bois importés n’empêchera pas l’entrée de marchandises asiatiques à bas prix. Le propriétaire de Cabico, Alain Ouzilleau, a indiqué au Devoir que l’industrie avait réclamé une surtaxe de 100% sur les produits transformés du bois.
Le gouvernement fédéral a lancé en avril une enquête au Tribunal canadien du commerce extérieur, puis instauré la mesure de sauvegarde provisoire en juillet. Celle-ci exclut les produits des États-Unis, du Mexique, d’Israël, du Chili et des pays en développement. Elle vise pour l’instant les armoires et meubles-lavabos, mais pas les autres meubles en bois ni les planchers.
Le propriétaire de Miralis, Daniel Drapeau, a qualifié le taux de 25% de largement symbolique, tout en estimant qu’il pouvait inciter les clients à choisir des produits canadiens. Le ministère des Finances a précisé au Devoir avoir tenu compte des effets possibles sur les utilisateurs en aval et les consommateurs pour fixer le taux temporaire.
La pression augmente au Canada et à l’exportation
Les fabricants affirment que les fournisseurs chinois ont redirigé davantage de produits vers le Canada après la restriction de leur accès au marché américain sous la première administration Trump. Les producteurs canadiens pouvaient encore servir leurs clients américains jusqu’à ce que le président Donald Trump impose en octobre 2025 des droits de 25% sur certains meubles en bois, armoires de cuisine et meubles-lavabos. D’autres produits du bois sont menacés de surtaxes de 50% cet été.
Cabico exporte entre 85% et 90% de sa production aux États-Unis. L’entreprise absorbe la moitié des droits américains normalement payables par ses clients, tandis que l’incertitude réduit son carnet de commandes et l’a déjà contrainte à licencier environ 250 travailleurs. Alain Ouzilleau prévient que les scieries seront les prochaines touchées si les fabricants en aval disparaissent.
L’Alliance de l’écosystème forestier du Québec estime que la transformation avancée du bois contribue à hauteur de 21 milliards de dollars canadiens au produit intérieur brut québécois et se trouve au centre d’un écosystème de 155 000 emplois. Les producteurs soulignent ainsi que la faiblesse des meubles, armoires et planchers se répercute sur les fournisseurs de bois scié et les autres entreprises liées.
Fermetures dans le meuble et progression des planchers chinois
L’ancien dirigeant de Meubles South Shore, Jean Laflamme, a indiqué que l’entreprise avait compté jusqu’à 1 200 employés au Mexique, aux États-Unis et dans ses usines canadiennes de Lotbinière et d’Estrie. Elle a fermé ce printemps après un net déclin postpandémique, tandis que deux concurrentes ont également disparu. Jean Laflamme attribue cette pression aux meubles chinois bon marché et estime qu’une grande partie des économies reste chez les entrepreneurs ou les grandes chaînes plutôt que d’être transmise aux consommateurs.
Le fabricant de planchers de bois franc Preverco fonctionne à la moitié de sa capacité, selon son dirigeant Jean-François Dufresne. Il estime que jusqu’à 80% des planchers posés au Canada sont désormais fabriqués en Chine, même si les transformateurs chinois s’approvisionnent en bois franc au Canada ou aux États-Unis.
Le Tribunal doit déterminer d’ici au 15 janvier si des sauvegardes plus larges devraient aussi viser les planchers de bois franc et les meubles de rangement en bois d’ingénierie. Ottawa affirme disposer pour l’instant de preuves confirmant le détournement vers le Canada d’armoires et de meubles-lavabos qui ne pouvaient être vendus aux États-Unis. L’examen décidera si la protection s’étend à davantage de maillons de la transformation du bois ou reste limitée à deux catégories.