L'Éthiopie relie la culture du coton à ses usines textiles et d'habillement
L'Éthiopie veut intégrer la culture et l'égrenage du coton à la filature, au textile et à la confection. Environ 3 millions d'hectares sont adaptées au coton, mais l'irrégularité des volumes et de la qualité oblige encore certaines usines à importer de la fibre ou du fil.
Du potentiel cotonnier à la production industrielle
L'Éthiopie cherche à réunir la culture du coton, la recherche, la transformation et la confection dans une filière nationale afin de conserver davantage de valeur ajoutée. Selon AllAfrica, cette stratégie doit soutenir l'industrialisation, l'emploi et le commerce régional en faisant passer le coton par des unités locales d'égrenage, de filature, de tissage et de confection plutôt qu'en le vendant principalement à l'état brut.
D'après la Commission éthiopienne des investissements, environ 3 millions d'hectares sont adaptées à la culture du coton. Le pays dispose aussi d'une main-d'œuvre abondante, de coûts énergétiques compétitifs et d'infrastructures industrielles croissantes. Ces atouts ont attiré des fabricants internationaux dans les parcs industriels de Hawassa, Bole Lemi, Adama, Kombolcha et Mekelle, faisant de l'Éthiopie une base émergente de l'habillement en Afrique.
Le socle agricole n'a toutefois pas progressé au même rythme. Une étude du programme Cotton made in Africa de l'Aid by Trade Foundation, citée par AllAfrica, montre que seule une fraction des terres adaptées est cultivée. L'accès limité aux semences améliorées, à l'irrigation, au conseil agricole et à des débouchés stables pèse sur les rendements et la qualité de la fibre. La variabilité climatique renforce ces risques.
Les usines manquent encore de fibre locale régulière
L'écart entre le potentiel agricole et la demande industrielle crée un paradoxe. Les entreprises textiles privilégient le coton éthiopien, qui raccourcit l'approvisionnement et soutient les producteurs nationaux. Mais la production locale ne répond pas constamment à leurs besoins de volume et de qualité. Certaines importent donc de la fibre de coton ou du fil pour maintenir leurs lignes en activité.
Les fabricants citent la contamination lors de la récolte, l'irrégularité des caractéristiques de la fibre, l'hétérogénéité du classement et les pénuries saisonnières. Ces difficultés peuvent désorganiser la production, augmenter les coûts et réduire la compétitivité des textiles éthiopiens à l'exportation. Yasin Geresu, propriétaire de World Cotton Factory, a déclaré à AllAfrica que la qualité du coton local restait inégale et les coûts de production élevés.
Le Werer Agricultural Research Center a développé des variétés destinées à accroître les rendements et la qualité de la fibre. Son directeur général, Berhanu Megersa, a indiqué que le manque de financement ralentissait la multiplication des semences et empêchait leur diffusion à grande échelle. Ce goulet d'étranglement touche toute la filière : les égreneurs reçoivent une matière variable, les filatures manquent d'intrants uniformes et les confectionneurs disposent d'un approvisionnement en tissu moins prévisible.
La politique mise sur la coordination et la qualité
La Stratégie nationale de développement du coton vise à rapprocher producteurs, transformateurs, fabricants et exportateurs. Les mesures envisagées comprennent l'agriculture contractuelle, des normes de qualité plus claires, des prix transparents, un meilleur classement et des liens directs entre usines et cultivateurs. Les producteurs pourraient ainsi disposer d'acheteurs plus fiables, tandis que les usines gagneraient en visibilité sur les volumes et spécifications futurs.
Samson Assefa, directeur exécutif du développement du coton au ministère de l'Agriculture, a cité comme priorités l'amélioration de la productivité, le renforcement de la filière, la satisfaction de la demande textile intérieure et l'expansion des exportations. Il a mentionné les semences améliorées, les liens commerciaux et la coordination. Le ministre de l'Industrie, Melaku Alebel, a également souligné le rôle de la recherche, du contrôle qualité, du conseil agricole et de la coopération entre producteurs et industriels.
L'enjeu principal est de savoir si les investissements en amont pourront rattraper les capacités industrielles déjà créées. Les parcs et les usines procurent des débouchés à la fibre locale, mais ne remplacent ni l'irrigation, ni la multiplication des semences, ni la recherche agronomique, ni un classement fiable. Le rapport d'origine ajoute que la pandémie de COVID-19, la hausse des coûts de fret et le conflit intérieur ont aussi compliqué le développement du secteur.
Conséquences pour producteurs et fabricants
Pour les cultivateurs, une demande plus forte et plus stable dépendra du respect des exigences des filatures et des usines textiles. L'accès aux semences améliorées, à l'irrigation et au conseil sera donc aussi important que la surface disponible. Des contrats d'achat stables pourraient également réduire l'incertitude commerciale décrite par les producteurs.
Pour les fabricants, davantage d'achats locaux pourraient raccourcir les chaînes d'approvisionnement et réduire la dépendance aux fibres et fils importés, à condition que l'offre soit suffisante et régulière. L'Éthiopie a déjà construit une grande partie de ses infrastructures textiles et de confection. L'achèvement de la filière coton-habillement dépend désormais de la réduction de l'écart entre la productivité agricole et les besoins des usines.