L'Espagne lance l'instruction des quatre premiers tronçons de son réseau d'hydrogène, 389 millions d'euros
Le ministère espagnol de la Transition écologique et du Défi démographique s'apprête à ouvrir l'instruction administrative des quatre premiers tronçons du futur Réseau dorsal d'hydrogène renouvelable. Ce premier lot représente 389 millions d'euros d'investissement. Le réseau quitte ainsi le stade des documents de planification.
Le ministère espagnol de la Transition écologique et du Défi démographique (Miteco) s'apprête à ouvrir l'instruction administrative des quatre premiers tronçons du futur Réseau dorsal d'hydrogène renouvelable, l'ossature de canalisations destinée à transporter l'hydrogène entre les sites de production et les consommateurs industriels. L'investissement associé à ce premier lot s'élève à 389 millions d'euros.
La démarche est administrative, pas constructive. Aucune conduite n'est posée et aucun marché de travaux n'en découle automatiquement. Ce qui change, c'est le statut du projet : un réseau qui n'existait jusqu'ici que sous forme de documents de planification et de tracés entre dans la procédure formelle d'autorisation, avec des tronçons identifiés et un montant d'investissement annoncé.
Les quatre premiers tronçons
Le Miteco engage quatre tronçons représentant au total 389 millions d'euros. Ce montant ne couvre que le lot initial. Le coût total et la configuration finale du réseau dorsal dépendront du nombre de tronçons suivants et de leur calendrier, deux éléments qui n'ont pas été précisés avec cette première tranche.
Les longueurs, diamètres, capacités et dates de mise en service de chacun des quatre tronçons ne sont pas indiqués, pas plus que la répartition des 389 millions d'euros entre eux. Ces paramètres se fixent généralement au cours de l'instruction elle-même, à mesure que les variantes de tracé sont évaluées et que les spécifications techniques sont arrêtées. Tant qu'ils ne sont pas publiés, ces tronçons ne se traduisent ni en volumes d'hydrogène transportés ni en commandes d'équipements.
Pourquoi l'étape d'instruction est déterminante
Pour ce type d'infrastructure, la phase qui s'ouvre concentre l'essentiel du risque non technique. Elle comprend en général :
- l'évaluation environnementale des tracés proposés et de leurs variantes ;
- la consultation publique, avec les communes et les propriétaires concernés ;
- l'obtention des servitudes de passage et de l'accès aux terrains du couloir ;
- l'autorisation administrative finale, préalable au démarrage des travaux.
Chacune de ces étapes peut décaler de plusieurs années le début du chantier, et c'est là que les tracés sont le plus souvent modifiés. Pour les développeurs qui attendent le réseau, l'ouverture de l'instruction est donc un signal de calendrier et non de disponibilité : elle lance un compteur sans fixer de date de mise en service.
Ce que cela change pour l'industrie
L'économie de l'hydrogène en Espagne bute sur l'absence de transport. Sans canalisations, l'hydrogène renouvelable doit être produit à proximité immédiate du consommateur ou acheminé par camion, ce qui limite la taille des projets et arrime l'implantation des électrolyseurs aux zones industrielles plutôt qu'à l'électricité renouvelable la moins chère. Un réseau dorsal rompt ce lien : la production peut s'installer là où le gisement solaire et éolien est le meilleur, la consommation reste là où se trouve déjà la base industrielle.
Les secteurs les plus directement concernés sont ceux qui utilisent déjà de l'hydrogène ou peuvent le substituer sans refonte de procédé : raffinage, ammoniac et engrais, chimie et sidérurgie. Pour eux, l'information utile n'est pas le montant de 389 millions d'euros mais la géographie : quels couloirs sont instruits en premier et passent-ils assez près des usines existantes. C'est ce qui déterminera quels contrats d'enlèvement deviennent réalistes.
Pour la chaîne d'approvisionnement, l'effet est différé. Les commandes de tubes de conduite, de compression, de comptage et de robinetterie suivent l'autorisation, et l'écart entre les deux se compte en années. Les quatre tronçons qui entrent dans la procédure constituent un premier engagement limité de l'État espagnol en faveur d'un transport physique de l'hydrogène, calibré pour sécuriser des tracés et des permis, pas pour livrer un système complet. L'ampleur de la suite se lira à la vitesse à laquelle les autres tronçons du réseau dorsal rejoindront la même procédure.