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Les exportateurs de crevettes vietnamiens testent la prime durable

Les fournisseurs vietnamiens supportent des coûts croissants de certification et de conformité tout en affrontant la production moins chère de l'Équateur. Le Global Shrimp Forum a confirmé la demande européenne de crevettes certifiées, sans établir si les acheteurs paieront une prime suffisante.

Les exportateurs de crevettes vietnamiens testent la prime durable

La crevette vietnamienne mesure la valeur commerciale de la durabilité

La filière vietnamienne de la crevette fait face à une question commerciale centrale : les acheteurs étrangers paieront-ils assez pour couvrir la hausse des coûts de certification, de contrôle environnemental et de modernisation des fermes ? Selon Thanh Nien, ce sujet a dominé une session consacrée au Vietnam, organisée le 2 septembre en marge du Global Shrimp Forum 2026 à Utrecht. La rencontre était portée par le Centre néerlandais pour la promotion des importations en provenance des pays en développement et l'Association néerlandaise des importateurs de poisson.

La crevette représente environ 46-50 % de la valeur totale des exportations vietnamiennes de produits de la mer, a indiqué Tran Dinh Luan, directeur du Département des pêches et de la surveillance halieutique. Le delta du Mékong concentre plus de 70 % des surfaces d'élevage et environ 85 % de la valeur des exportations de crevettes. Selon lui, la filière doit dépasser la seule logique de volume et intégrer les revenus des éleveurs, l'environnement, la biodiversité et les exigences variables des marchés importateurs.

La distribution européenne soutient la certification

Le Vietnam a adopté très tôt la certification de l'Aquaculture Stewardship Council. Plus de 500 fermes vietnamiennes sont désormais certifiées, principalement de petits élevages regroupés, selon Barbara Janker, directrice commerciale de l'ASC. Leur production annuelle atteint environ 50 000-55 000 tonnes de crevettes brutes certifiées. Quinze usines vietnamiennes d'aliments sont également certifiées et 5 autres sont en cours d'évaluation.

Le nombre de produits à base de crevettes portant le label ASC en Europe est passé d'environ 7 000 en 2020 à plus de 11 000. Dans le Benelux et les marchés germanophones, plus de 80 %, et peut-être jusqu'à 90 %, des produits vendus en supermarché portent le label; une grande partie vient du Vietnam. La conformité reste toutefois inégale. L'ASC a suspendu 8 cas au Vietnam pour des problèmes d'antibiotiques au cours des deux dernières années et demie, tandis que la pression sanitaire a été particulièrement forte en 2025.

Des coûts très supérieurs à ceux de l'Équateur

Les transformateurs et les fermes vietnamiens doivent parfois maintenir simultanément les certifications ASC, GlobalGAP et BAP. Tran Ngoc Thien Kim, dirigeante de De Heus, a demandé si ces systèmes pouvaient être regroupés, leurs documents étant parfois redondants ou contradictoires. Janker a expliqué que l'ASC avait testé des rapports d'évaluation communs avec d'autres organismes et comptait sur la numérisation pour réduire les formalités répétées et les frais d'audit.

L'écart concurrentiel dépasse la certification. Rogier Becker, coordinateur du projet ShrimpTech Vietnam, a indiqué que les coûts de production vietnamiens étaient environ 77 % plus élevés qu'en Équateur, surtout parce que les fortes densités et la mauvaise qualité de l'eau augmentent les maladies et la mortalité. La formation, les capteurs IoT, les aliments à faibles émissions et les énergies renouvelables ont ramené les émissions d'un projet à 3,67 kg de CO₂e par kg de crevettes, soit plus de 10 kg sous le niveau conventionnel.

La petite taille des fermes freine le déploiement

Le modèle TomGoxy Zero associe bassins d'élevage, zones de traitement de l'eau et mangroves. Environ 10 % de l'eau des bassins est remplacée chaque jour, traitée par les parcelles de mangrove puis réutilisée. Becker a précisé que 95 % du carbone était stocké dans le sol. Un essai distinct d'AquaGene a montré que la lignée Kona Bay Balance avait un taux de survie nettement supérieur aux lignées présentes au Vietnam; malgré une croissance légèrement plus lente, son coût par kilogramme était inférieur et son bénéfice supérieur.

Le passage à grande échelle reste difficile. Un modèle pilote de 6 hectares réserve 2 hectares aux mangroves, 2 au traitement de l'eau et 2 aux bassins, alors que la majorité des producteurs du delta du Mékong sont de petits exploitants travaillant sur une seule parcelle. Des représentants vietnamiens ont interrogé les besoins fonciers, l'investissement, la couverture forestière optimale et les preuves sur la qualité de l'eau avant et après traitement. La question de la prime reste donc entière : la distribution européenne valorise la certification, mais les producteurs ont besoin de prix rémunérant le foncier, la technologie et la conformité supplémentaires.

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