Bénin : les entités publiques ne peuvent plus remplacer un produit local par un import sans l'aval du ministre
Une lettre circulaire signée le 4 septembre 2026 par le ministre de l'Économie et des Finances du Bénin, Aristide Médénou, oblige les entités publiques à acheter huit catégories de produits auprès d'acteurs locaux habilités, le recours à l'import étant soumis à autorisation préalable du ministre. Entre 2020 et 2022, la valeur moyenne des marchés publics au Bénin atteignait environ 534 milliards de FCFA, près de 23 % du budget général. Le riz illustre la contrainte : 492 626 tonnes de paddy en 2023 n'ont donné qu'environ 350 000 tonnes de riz usiné, pour une consommation estimée à près de 600 000 tonnes.
Depuis début septembre, les administrations béninoises ne peuvent plus remplacer un produit local par un produit importé sans l'accord du ministre, en vertu d'une circulaire qui fait de la commande publique un instrument de politique industrielle, rapporte La Nouvelle Tribune.
La lettre circulaire du ministre de l'Économie et des Finances, Aristide Médénou, datée du 4 septembre 2026 et publiée par l'ARMP le 10 septembre, oblige les administrations, institutions et autres entités publiques à acheter localement les produits de huit catégories, auprès d'artisans, d'unités de production et d'entreprises locales habilités. La liste va du riz et du gari aux jus, aux savons, aux uniformes, au mobilier scolaire et aux briques.
L'import devient l'exception
Ce qui change réellement, c'est la porte de sortie. Le recours à un produit importé en remplacement d'un produit local listé est désormais soumis à une autorisation préalable du ministre, et la règle vaut sur toute la chaîne, de l'expression du besoin à la réception de la commande. Les produits achetés doivent aussi respecter les normes et les exigences de qualité du Répertoire des prix de référence. La version en ligne de la liste des produits fabriqués localement a été publiée le 13 septembre.
Le levier est important. Entre 2020 et 2022, la valeur moyenne des marchés passés au Bénin s'élevait à environ 534 milliards de FCFA, soit près de 23 % du budget général de l'État, selon une étude parue dans la Revue internationale des sciences de gestion. Un client qui pèse près d'un quart du budget change le carnet de commandes d'un menuisier, d'une petite huilerie ou d'une rizerie de quartier.
Le riz mesure l'écart
Le riz, cité en toutes lettres dans la liste, illustre à la fois l'opportunité et la limite. La récolte de paddy a atteint 492 626 tonnes en 2023, selon la Direction de la statistique agricole, mais n'a donné qu'environ 350 000 tonnes de riz usiné. La consommation intérieure était estimée à près de 600 000 tonnes par la Chambre de commerce et d'industrie du Bénin, d'après l'Agence Ecofin. L'écart est comblé par des importations, venues surtout d'Asie.
Le goulot d'étranglement se situe à l'usinage. Le projet d'appui à la compétitivité des filières agricoles et à la diversification des exportations (PACOFIDE) rappelle que le secteur reste dominé par de petites rizeries artisanales, de 1 à 10 tonnes par jour, souvent sans lien avec les organisations de producteurs. Une demande publique stable leur offrirait ce qui leur manque le plus : un acheteur régulier et de quoi justifier des investissements dans le tri, le séchage ou l'emballage.
Accès aux marchés et risque sur les prix
L'accès reste un filtre. L'Agence de développement des PME rappelle qu'une entreprise doit être formalisée pour se voir attribuer un marché officiel. Le cadre s'assouplit néanmoins : une circulaire de l'ARMP signée le 26 août 2026 demande de réserver le rejet aux manquements qui touchent réellement aux exigences essentielles du dossier. Une campagne nationale, du 15 au 18 septembre, a expliqué cette règle à 2 268 acteurs.
La mesure comporte un risque sur les prix. Si les commandes publiques absorbent une bonne part d'une production locale encore limitée, les prix pourraient grimper pour les ménages, inquiétude évoquée en même temps que la mesure, l'État étant appelé à jouer le rôle de régulateur du marché. Le verdict se lira dans les prochains mois, à travers les quantités livrées, la qualité constante et des prix supportables.
Du côté des fournisseurs, l'accueil est favorable. « Chaque année, c'est la même chose : la récolte est là, mais il faut chercher l'acheteur. Souvent, c'est celui qui vient avec l'argent en main qui décide du prix », explique Ahissou Tohossi, membre d'une coopérative de producteurs de riz dans la vallée de l'Ouémé, qui précise n'avoir pas encore reçu de commande. Athanase Dégan, menuisier détenteur d'une sellerie à Abomey-Calavi, estime que des commandes régulières lui permettraient de garder ses apprentis, d'acheter du bon bois et d'améliorer ses finitions, tout en reconnaissant qu'il devra être en règle et respecter les normes.