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Aricoma rachète Dentsu Tracking alors que l’UE réexamine la traçabilité du tabac

Le groupe technologique tchèque Aricoma a finalisé le 1er août 2026 l’acquisition de la société suisse Dentsu Tracking. L’opération change l’actionnariat de l’opérateur central du système européen de traçabilité du tabac, alors que les décideurs débattent de quotas d’approvisionnement et d’un contrôle public renforcé.

Aricoma rachète Dentsu Tracking alors que l’UE réexamine la traçabilité du tabac

Un opérateur stratégique change de propriétaire

Le groupe technologique tchèque Aricoma a finalisé l’acquisition de Dentsu Tracking le 1er août 2026, selon Le Monde du Tabac, qui reprend une information d’ABC Bourse. La société suisse est spécialisée dans la traçabilité des chaînes d’approvisionnement et exploite le composant central du système européen de suivi des produits du tabac.

Cette infrastructure attribue un identifiant unique à chaque paquet de cigarettes et permet d’enregistrer son parcours de l’usine au point de vente. Dentsu Tracking occupe ainsi une position sensible à l’intersection de la production, de la conformité réglementaire et du contrôle douanier. L’opération dépasse donc le simple changement d’actionnaire d’un fournisseur de logiciels spécialisés.

Les activités d’Aricoma vont du conseil en infrastructures informatiques aux services de gestion d’entreprise. La transaction intègre la traçabilité du tabac à un portefeuille plus large de services numériques. Les régulateurs devront déterminer si la supervision et la responsabilité resteront suffisamment visibles lorsqu’un système répondant à des objectifs douaniers et sanitaires devient une activité parmi d’autres au sein d’un grand conglomérat technologique.

L’indépendance reste contestée

Le dispositif européen de traçabilité a été conçu pour limiter le marché illicite en enregistrant les mouvements des produits légaux. Son histoire continue toutefois d’alimenter les interrogations sur son indépendance à l’égard des fabricants de tabac, qui produisent une grande partie des données de fabrication et de distribution utilisées.

Au milieu des années 2000, Philip Morris International a développé le premier système de marquage, baptisé Codentify. Après les critiques de l’Organisation mondiale de la santé sur le conflit d’intérêts lié à la conception par l’industrie de ses propres outils de contrôle, le système a été transféré à des prestataires spécialisés, dont Inexto et Dentsu Tracking. Le modèle actuel repose sur un tiers de confiance privé chargé de générer les identifiants uniques, de stocker les données de transit et de travailler quotidiennement avec les fabricants et leurs lignes de production.

Le Monde du Tabac rapporte que les services douaniers et des organisations antitabac, notamment le Comité National contre le Tabagisme, dénoncent le manque de transparence et la complexité des outils d’analyse fournis aux administrations. Le système peut techniquement retracer un paquet, mais des observateurs doutent que ses données puissent être rapidement transformées en preuves concluantes dans des procédures pour fraude. La distinction est essentielle pour les douanes : enregistrer les flux conformes ne revient pas à repérer les détournements ni à constituer un dossier juridiquement exploitable.

La politique s’oriente vers le contrôle des approvisionnements

Les enjeux financiers sont importants. Une étude des Douanes citée par Le Monde du Tabac estime que le marché parallèle du tabac prive chaque année le budget français de 4,3 milliards d’euros. Cette perte alimente l’intérêt pour des mesures encadrant les volumes de cigarettes livrés à chaque marché, plutôt que pour une dépendance exclusive à la traçabilité numérique.

Frédéric Valletoux, président de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, défend des quotas d’approvisionnement qui obligeraient les fabricants à aligner leurs livraisons aux États membres sur la consommation intérieure réelle. Le Luxembourg est régulièrement cité dans ce débat, car il reçoit des milliards de cigarettes alors que sa population n’en consomme qu’une fraction. Ce surplus fait craindre un approvisionnement des marchés illicites des pays voisins.

La présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne, ouverte au second semestre 2026, a placé la révision de la Directive sur les produits du tabac parmi ses priorités, selon Le Monde du Tabac. Le débat concerne à la fois les performances de la technologie actuelle et le partage des responsabilités entre opérateurs privés et autorités publiques. Les fabricants et fournisseurs technologiques pourraient faire face à des règles de gouvernance plus strictes, tandis que grossistes et détaillants pourraient subir un contrôle accru des volumes et des mouvements de marchandises.

L’acquisition par Aricoma ne modifie pas en elle-même les règles européennes de traçabilité. Elle replace néanmoins la propriété et la gouvernance de l’opérateur central sous les projecteurs, au moment où les responsables politiques envisagent de confier la surveillance des flux de tabac à un contrôle public plus direct et exclusif.

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